Contrefaçon : Le Viagra, le Cialis et d’autres médicaments similaires dans la ligne de mire des enquêteurs

Photo de Viagras

Roger-Luc Chayer (Photo: Pixabay)

Les médicaments utilisés pour traiter les troubles érectiles chez l’homme, ainsi que certaines conditions chez la femme, sont également très populaires au sein des communautés LGBTQ+ en tant que drogues récréatives. Ils font partie de la catégorie du chemsex, qui désigne l’utilisation de substances psychoactives pour intensifier et prolonger les rapports sexuels, souvent dans un cadre collectif.

En effet, selon les autorités de santé du Canada et de l’Europe, les médicaments contre la dysfonction érectile sont consommés de manière plus importante dans la communauté gaie que dans la population générale.

Cependant, il existe un vaste réseau international de fabrication de ces médicaments contrefaits. L’alerte a été lancée par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, qui a ouvert une enquête sur l’origine de ces contrefaçons, qui circulent également dans de véritables cabinets médicaux et auprès de certains ministères, comme celui des Anciens Combattants, sans que les autorités ne sachent que ces copies ne sont pas autorisées.

Comment détecter les contrefaçons?

Les gouvernements disposent des moyens techniques pour détecter les contrefaçons et distinguer les vrais des faux médicaments en utilisant plusieurs méthodes. Tout d’abord, l’origine du médicament peut être retracée directement auprès du fabricant, qui en certifie la composition ainsi que la qualité de la molécule. De plus, l’utilisation d’un spectroscope permet non seulement de connaître la composition chimique d’un comprimé, mais également de vérifier si les comprimés sont conformes entre eux.

Le spectroscope est un instrument analytique qui permet d’identifier et de caractériser des substances en analysant leur interaction avec la lumière. Pour détecter des médicaments contrefaits, le spectroscope peut être utilisé pour examiner les échantillons en mesurant leur absorption, leur émission ou leur diffusion de lumière à différentes longueurs d’onde.

Chaque substance a un spectre unique, qui agit comme une empreinte digitale. En comparant le spectre d’un échantillon suspect avec ceux des médicaments authentiques, les analystes peuvent détecter des différences qui indiquent une contrefaçon, telles que des variations dans la composition chimique ou la pureté. Cette méthode permet également d’identifier des substances potentiellement dangereuses présentes dans les médicaments contrefaits.

L’exemple du comprimé de « Cialis » examiné par le spectroscope de Spectre de Rue (Montréal)

Plusieurs organismes de la métropole proposent un service gratuit de vérification des drogues avant leur consommation, tels que Spectre de Rue, Cactus ou le CIUSSS du Centre-Sud. Le principe est simple : il suffit d’apporter ses drogues, qu’il s’agisse de comprimés, de poudres, etc. Un technicien examinera le produit au spectroscope et vous fournira les résultats directement sur place, sans rendez-vous et sans frais, le tout sans devoir vous identifier.

C’est ce qu’a fait Jacques en février dernier avec trois comprimés de Cialis que lui avait donnés un ami américain, prétendant les avoir achetés légalement avec une prescription, mais à un prix dérisoire : 20 cents le comprimé au lieu de 12 $ comme vendu à Montréal. Ne comprenant pas comment on pouvait vendre du Cialis à un si bas prix, Jacques, soupçonnant une contrefaçon, s’est rendu à Spectre de Rue à Montréal et a demandé qu’on examine ses comprimés. Les résultats n’ont pas tardé.

Oui, il y avait des molécules de Cialis, mais elles n’étaient pas conformes aux molécules originales. On pouvait détecter des parties de molécules, mais la quantité variait selon le comprimé, et elles étaient mélangées à du lactose. De plus, aucun des trois comprimés testés n’avait le même poids microscopique, ce qui ne peut être le cas lorsque les comprimés proviennent d’un fabricant légal, conformément à la loi. En conclusion, les comprimés étaient contrefaits.

Les dangers des contrefaçons pour la santé

Selon Santé Canada, les médicaments contrefaits sont fabriqués de manière à ressembler aux produits authentiques, mais ils sont différents et peuvent ne pas contenir le médicament. Ils peuvent présenter de graves risques pour la santé s’ils contiennent une dose plus élevée que celle indiquée sur l’étiquette et peuvent contenir des contaminants ou des ingrédients cachés. Contrairement aux médicaments authentiques et homologués, les médicaments contrefaits n’ont pas été évalués par Santé Canada quant à leur innocuité, leur efficacité et leur qualité. La vente de produits de santé contrefaits est illégale.

Selon NBC News, le nombre de personnes ayant fait une overdose et étant décédées à cause de faux médicaments sur ordonnance a plus que doublé ces dernières années, la majorité de ces décès concerne des personnes de moins de 35 ans.

La principale source de décès liés aux médicaments contrefaits provient des fausses pharmacies en ligne, qui pullulent et donnent souvent l’impression d’être légitimes, affirmant que les médicaments vendus sont certifiés conformes, comme des génériques, ce qui n’est pas le cas. Seuls les médicaments vendus dans des pharmacies officielles ayant pignon sur rue sont certifiés et sécuritaires. La plupart des décès causés par les médicaments contrefaits sont attribués à des ingrédients qui n’ont rien à voir avec le Viagra ou le Cialis ; on a même trouvé, à plusieurs reprises, du fentanyl, une drogue très puissante pouvant entraîner un arrêt respiratoire.

En cas de doute, faites examiner votre comprimé par un service de vérification gratuit.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *