
MAGAZINE GAY GLOBE — ÉDITION #108
Stéphanie de Monaco, Dalida, VIH/SIDA et les grands enjeux LGBT de 2015
Édition #108 — 2015 — 32 pages
Le Magazine Gay Globe #108 est une édition particulièrement riche qui témoigne de la diversité éditoriale du magazine en 2015. Sa couverture met en vedette S.A.S. la princesse Stéphanie de Monaco, engagée depuis plusieurs années dans la lutte contre le VIH/SIDA, tandis que le sommaire visuel annonce également un spécial Dalida, un dossier sur Catulle, l’herpès génital, la tumeur prostatique, la retraite, les animaux, l’affaire Grégoire de Saint-Tite et le cas d’un prêtre gai polonais.
Le choix de Stéphanie de Monaco comme personnalité de couverture n’est pas présenté comme un simple choix people. Roger-Luc Chayer explique qu’elle est directement engagée auprès des personnes vivant avec le VIH par l’intermédiaire de Fight Aids Monaco, organisation qu’elle a fondée en 2004. Le magazine souligne également son rôle d’ambassadrice itinérante de l’ONUSIDA depuis 2006.
L’autre grande vedette de cette édition est Dalida, à laquelle Gay Globe consacre un véritable spécial comprenant un documentaire musical et une entrevue avec Mado Lamotte. Le magazine revient sur le lien historique entre Dalida et le public gai, son immense popularité et la place particulière qu’elle occupait auprès des hommes homosexuels.
L’édition se distingue également par son importante présence des questions de santé sexuelle et de VIH. L’herpès génital fait l’objet d’une chronique de la Clinique L’Actuel, la prostate est abordée sous l’angle du cancer, tandis que les pages VIH traitent notamment d’une technologie permettant potentiellement de détecter le virus à l’aide d’un téléphone intelligent, des réservoirs du VIH dans les tissus graisseux, de nouveaux traitements et du lien entre VIH et cancers d’origine infectieuse.
Le numéro possède également une forte dimension montréalaise. Roger-Luc Chayer consacre une chronique à Franck Hénot et à son projet de fromagerie sur le Plateau Mont-Royal, critique le service UberX après l’avoir testé personnellement et revient sur les politiques municipales de Luc Ferrandez, notamment les conséquences alléguées sur les commerces et l’accessibilité du Plateau.
Enfin, l’édition contient des textes très engagés sur l’actualité LGBT : l’affaire de Mathieu Grégoire à Saint-Tite, le Collectif Carré Rose Montréal, la situation des homosexuels en Indonésie, le débat sur le coming out des artistes avec Ellen Page et Matt Damon, ainsi que le coming out spectaculaire du prêtre polonais Krzysztof Charamsa, qui interpelle directement le pape François.
Table des matières détaillée
| Page | Titre | Sujet traité |
|---|---|---|
| 3 | Stéphanie de Monaco — notre couverture | Présentation de Stéphanie de Monaco, princesse, chanteuse et philanthrope, choisie pour la couverture en raison de son engagement concret dans la lutte contre le VIH/SIDA. Le dossier présente son rôle auprès de Fight Aids Monaco, organisation fondée en 2004 pour soutenir les personnes vivant avec le VIH, combattre leur isolement et lutter contre la discrimination. Le magazine rappelle également son rôle auprès de l’ONUSIDA. |
| 4 | Magret séché au poivre | Chronique culinaire de Franck Hénot, proposant une recette de magret de canard séché au gros sel et au poivre. Le magazine donne les ingrédients, la méthode de préparation et le temps de séchage de trois semaines. |
| 5 | Spécial Dalida | Grand dossier consacré à Dalida, présentée comme une immense icône de la chanson française et comme une artiste ayant occupé une place particulière dans l’imaginaire LGBT. Le magazine rappelle son influence auprès du public gai et annonce un documentaire musical ainsi qu’une entrevue de Mado Lamotte réalisée autour de la tombe de Dalida à Paris. |
| 6-7 | Actualités / brèves internationales | Pages d’actualité consacrées notamment à l’homophobie au sein même des communautés LGBT, à la levée de l’exclusion des homosexuels du don de sang en Argentine, à la promesse du gouvernement Trudeau concernant le don de sang au Canada et à un groupe Facebook québécois réunissant différentes composantes de la communauté LGBT. |
| 8 | Ces grands homos du passé — Catulle | Portrait historique du poète romain Catulle, présenté comme une figure homosexuelle importante de l’Antiquité. Le dossier décrit ses relations avec les hommes, notamment son amour pour le jeune Juventius, ainsi que sa liaison tumultueuse avec Lesbie. Gay Globe insiste sur la dimension passionnelle et parfois provocatrice de son œuvre. |
| 9 | Franck Hénot — un leader derrière la renaissance du Plateau | Portrait de Franck Hénot, propriétaire de l’Intermarché Boyer et entrepreneur très impliqué dans la vie culturelle du Plateau Mont-Royal. Le dossier présente son projet de fromagerie Bleu & Persillé, conçu comme un projet commercial haut de gamme destiné à redonner au secteur une partie de son prestige. |
| 10 | L’herpès génital — un virus très commun au Québec | Dossier de la Clinique L’Actuel expliquant l’herpès génital, sa transmission, sa période d’incubation, ses récidives et le fait que de nombreuses personnes ignorent être infectées. Le texte rappelle que le virus demeure latent dans les ganglions nerveux et peut réapparaître périodiquement. |
| 11-12 | La Mazda 3 / La Jeep Compass / La Jeep Grand Cherokee | Chroniques automobiles consacrées à différents modèles disponibles sur le marché, avec présentation de la Mazda3, de la Jeep Compass et de la Jeep Grand Cherokee. Le magazine examine leur conception, leur équipement, leur motorisation, leur confort et leurs caractéristiques techniques. |
| 13 | Tumeur prostatique — cancer le plus facile à traiter si vite détecté | Dossier consacré au cancer de la prostate. Le texte explique le fonctionnement de la prostate, les modifications cellulaires pouvant précéder ou accompagner le cancer et l’importance de la détection précoce. La page contient également une brève concernant des résultats préliminaires annoncés en France concernant un candidat vaccin thérapeutique contre le VIH. |
| 14-15 | Consommation — la chronique qui parle de vos finances | Roger-Luc Chayer présente plusieurs expériences personnelles visant à économiser de l’argent, notamment lors d’une réparation automobile. Il explique comment l’achat direct d’une pièce et le recours séparé à un mécanicien lui auraient permis de réduire considérablement la facture. La chronique contient également son premier test d’UberX, dont il livre une critique très négative après une expérience qu’il juge insatisfaisante. |
| 16-17 | Retraite ou travail? — quelles sont les tendances au Canada? | Analyse statistique de l’évolution du travail chez les Canadiens âgés. Le dossier montre que les taux d’activité diminuent avec l’âge, mais que de nombreux Canadiens continuent à travailler après 65 ans, notamment les personnes plus scolarisées. Le texte présente également la retraite comme une période pouvant servir à réorienter une carrière plutôt qu’à simplement cesser toute activité professionnelle. |
| 18 | Les « gros mots » — affaire Grégoire de Saint-Tite : aucune homophobie! | Roger-Luc Chayer analyse avec beaucoup de sévérité l’agression de Mathieu Grégoire lors du Festival western de Saint-Tite. Il conteste l’interprétation immédiate de l’événement comme crime homophobe et examine les faits disponibles, l’absence initiale d’accusation de crime haineux ainsi que les interventions du Collectif Carré Rose. Il explique également avoir offert une récompense de 2 000 $ pour favoriser l’identification de l’agresseur. |
| 19 | Brèves VIH/SIDA — des nouvelles santé de par le monde | Série d’informations sur le VIH et les nouvelles technologies. Le dossier présente notamment une nanomachine développée avec la participation d’Alexis Vallée-Bélisle de l’Université de Montréal, destinée à permettre rapidement le diagnostic du VIH et d’autres maladies. Il est aussi question de la présence du VIH dans les tissus graisseux, considérés comme un réservoir supplémentaire du virus. |
| 20 | Brèves VIH/SIDA — nouvelles scientifiques et traitements | Suite des nouvelles sur le VIH, notamment autour de Genvoya, de la recherche thérapeutique et des travaux de scientifiques cherchant à mieux comprendre les réservoirs du virus. La page s’inscrit dans la volonté du magazine de suivre les innovations médicales liées au VIH. |
| 21 | Sida du chat — ce qu’il faut savoir sur le FIV | Dossier consacré au virus de l’immunodéficience féline (FIV). Le magazine explique les modes de transmission entre chats, particulièrement par morsure, les symptômes possibles et l’évolution de la maladie. Il rappelle que le FIV n’est pas transmissible à l’humain et qu’un chat infecté peut néanmoins vivre plusieurs années avec des soins adaptés. |
| 22 | VIH et cancers viraux — 10 fois plus de cas que dans la population | Dossier consacré au risque accru de cancers d’origine infectieuse chez les personnes vivant avec le VIH. Le texte explique notamment la place du sarcome de Kaposi, des lymphomes liés au virus d’Epstein-Barr et des cancers associés au papillomavirus. Il insiste sur l’importance du traitement antirétroviral précoce et de la détection des cancers. |
| 23 | Brèves internationales | Retour sur plusieurs événements LGBT internationaux et historiques, notamment la rafle du Truxx à Montréal en 1977, les violences prévues contre les homosexuels dans la province indonésienne d’Aceh, les propos de Matt Damon concernant le secret de l’orientation sexuelle des acteurs et la réaction d’Ellen Page, ainsi qu’une affaire française d’outing forcé. |
| 24-25 | Prêtre gai — la lettre du prélat polonais au pape | Dossier consacré à Krzysztof Charamsa, prêtre et théologien polonais travaillant au Vatican, qui avait publiquement annoncé son homosexualité et présenté son compagnon. Le magazine reproduit et commente sa démarche auprès du pape François, dans laquelle il accuse l’Église de contribuer à la souffrance et à l’exclusion des personnes homosexuelles. |
| 26 | Lutte à l’homophobie — Québec recherche des projets à financer | Présentation de l’appel de projets 2015-2016 du gouvernement du Québec dans le cadre du programme de lutte contre l’homophobie. Le ministère de la Justice recherche des initiatives concernant notamment la violence, l’intimidation, l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre ainsi que le soutien aux organismes communautaires. |
| 27 | Quand ça dérape fort! — Le Collectif Carré Rose perd les pédales! | Roger-Luc Chayer publie une critique très sévère du Collectif Carré Rose Montréal. Il revient sur la création du groupe pour lutter contre les agressions homophobes dans le Village et affirme que son activité aurait progressivement changé de nature. Il reproche notamment à son porte-parole de diffuser des liens non vérifiés et évoque une publication associant un adversaire à l’imagerie nazie, publication que Facebook aurait retirée. |
| 28-29 | À Dieu Julien — épisode 13 | Suite du récit de Caroline Gréco consacré à Julien et à son parcours avec le SIDA. Le texte aborde la stigmatisation entourant encore la maladie, les réactions de l’entourage, l’importance du soutien humain et religieux et les derniers moments de Julien. Le récit évoque également le travail de Bernadette dans les maisons de Mère Teresa accueillant des personnes atteintes du SIDA. |
| 30 | Courrier des lecteurs | Les lecteurs abordent notamment les chroniques santé de la Clinique L’Actuel, la couverture du magazine et les difficultés économiques de certains commerçants du Plateau Mont-Royal. La rédaction explique que les chroniques médicales répondent directement aux préoccupations des lecteurs et que la couverture constitue une composante essentielle de l’identité éditoriale du magazine. |
| 31 | Journée mondiale du SIDA — 1er décembre | Page spéciale de sensibilisation consacrée à la Journée mondiale du SIDA. Gay Globe rappelle que le VIH demeure une infection potentiellement mortelle, que le SIDA continue de toucher de jeunes hommes et que les traitements permettent de contrôler le virus sans encore le guérir. Le message final insiste sur la mémoire des personnes mortes du SIDA et sur la prévention et la protection. |
Les grands dossiers de cette édition
Stéphanie de Monaco : une couverture consacrée à l’engagement contre le VIH
Le choix de Stéphanie de Monaco pour la couverture du #108 répond à une logique très précise.
Le magazine ne la présente pas simplement comme une princesse ou une célébrité.
Il insiste sur son engagement auprès des personnes vivant avec le VIH.
Elle a fondé Fight Aids Monaco en 2004, une organisation destinée notamment à apporter soutien, dignité et accompagnement aux personnes touchées par le VIH/SIDA.
Gay Globe insiste également sur la dimension sociale de son engagement : il ne s’agit pas uniquement de financer des soins, mais aussi de combattre l’isolement et la discrimination.
Le dossier rappelle enfin qu’elle agit comme ambassadrice itinérante de l’ONUSIDA depuis 2006.
Cette couverture illustre une caractéristique importante de Gay Globe : une personnalité peut faire la couverture du magazine sans être elle-même LGBT, dès lors qu’elle est associée à une cause considérée comme importante pour la communauté.
Dalida : l’icône LGBT qui revient encore et encore
Le spécial Dalida constitue probablement le deuxième grand événement éditorial du numéro.
Roger-Luc Chayer rappelle la relation particulière entre la chanteuse et le public homosexuel.
Dalida est présentée comme une artiste dont plusieurs chansons racontaient indirectement les drames affectifs et sociaux vécus par des hommes gais.
Le magazine évoque notamment « Monday », « Il venait d’avoir 18 ans » et « Laissez-moi danser », tout en rappelant l’influence de Pascal Sevran.
Le numéro annonce également un documentaire musical d’une heure et une entrevue avec Mado Lamotte, qui raconte notamment son déplacement à Paris pour visiter la tombe de Dalida.
Le dossier souligne l’immense popularité de la chanteuse, morte à Paris le 3 mai 1987, et présente son influence auprès des communautés LGBT comme une raison majeure de son statut d’icône.
Catulle : une mémoire homosexuelle de l’Antiquité
La rubrique « Ces grands homos du passé » poursuit l’un des projets historiques caractéristiques de Gay Globe.
Cette fois, le magazine s’intéresse à Catulle, poète romain du Ier siècle avant notre ère.
Le texte insiste particulièrement sur son amour pour Juventius, un jeune homme auquel il aurait consacré plusieurs poèmes.
Catulle est ainsi présenté comme une figure littéraire dont l’œuvre permet de documenter l’expression du désir masculin dans l’Antiquité.
Le dossier rappelle également sa liaison avec Lesbie, sa jalousie et la dimension souvent provocatrice de ses poèmes.
Cette rubrique participe à un objectif éditorial récurrent de Gay Globe : montrer que les relations entre personnes du même sexe ne constituent pas un phénomène contemporain, mais qu’elles peuvent être retrouvées dans les sources historiques et littéraires anciennes.
Franck Hénot et le renouveau du Plateau
Le portrait de Franck Hénot est l’un des dossiers les plus locaux du numéro.
Propriétaire de l’Intermarché Boyer, il est présenté comme un commerçant et collectionneur passionné par le Plateau Mont-Royal.
Son nouveau projet, Bleu & Persillé, est une fromagerie conçue comme un établissement spécialisé et haut de gamme.
Gay Globe insiste sur le fait qu’Hénot a voyagé, observé les pratiques commerciales ailleurs et voulu importer à Montréal une conception plus spectaculaire de la fromagerie.
Le dossier ne parle donc pas uniquement de fromage.
Il présente Hénot comme un exemple d’entrepreneur qui refuse de considérer le Plateau comme un quartier commercial condamné à la banalisation.
Il souhaite au contraire lui redonner une certaine noblesse commerciale et culturelle.
L’herpès génital : une chronique de prévention
La chronique de la Clinique L’Actuel est typique de l’approche santé de Gay Globe.
Le texte part d’une situation concrète : recevoir un diagnostic d’herpès ou apprendre que son partenaire est infecté.
Le dossier explique que le virus peut demeurer latent pendant de longues périodes et réapparaître sous forme de récidives.
Il rappelle également que l’infection peut être transmise même en dehors d’une pénétration sexuelle et que de nombreuses personnes infectées ignorent leur statut.
La partie consacrée au traitement présente notamment l’acyclovir, le valacyclovir et le famciclovir, qui peuvent réduire la durée et la sévérité des symptômes et, dans certains cas, être utilisés dans une stratégie suppressive quotidienne.
Cette chronique occupe une place importante dans le magazine parce que Gay Globe indique lui-même qu’il s’agit de l’une de ses rubriques les plus populaires auprès des lecteurs.
La prostate et la santé masculine
Le dossier sur la tumeur prostatique rappelle que le cancer de la prostate constitue un cancer très fréquent chez les hommes au Canada.
Le magazine explique le fonctionnement de la prostate, la possibilité de modifications cellulaires précancéreuses et le développement éventuel d’un adénocarcinome.
Le message principal est celui de la détection précoce.
Cette présence d’un dossier consacré à la prostate montre aussi que le magazine ne limite pas sa couverture santé aux ITS et au VIH : la santé générale des hommes constitue également une composante de son contenu éditorial.
La chronique consommation : Chayer teste UberX
La chronique « Consommation » est particulièrement révélatrice du journalisme personnel de Roger-Luc Chayer.
Il raconte avoir voulu tester UberX à Montréal.
L’expérience est décrite de façon très négative : délai supérieur à celui annoncé, véhicule jugé en mauvais état, climatisation défectueuse, position inconfortable du passager et ajout d’un frais de « course sûre » que Chayer affirme ne pas avoir vu clairement avant la facturation.
Il conclut son expérience par un jugement sans ambiguïté : « Plus jamais! »
Le même dossier contient cependant un exemple beaucoup plus positif d’économie, celui de la réparation automobile.
Après avoir obtenu des estimations de plusieurs entreprises, Chayer découvre qu’en achetant directement la pièce et en payant séparément la main-d’œuvre, il peut réduire considérablement la facture.
La chronique est donc très personnelle : elle mélange expérience journalistique, conseils pratiques et opinion du consommateur.
Retraite ou travail?
Le dossier sur la retraite montre une autre facette du magazine : l’évolution démographique du Canada.
Le texte souligne qu’en 2011, les hommes de 45 à 54 ans avaient un taux d’activité d’environ 89 %, alors que celui-ci diminuait à 69 % chez les 55-64 ans, 26 % chez les 65-74 ans et 7 % chez les 75 ans et plus.
Le dossier souligne cependant que les personnes âgées plus scolarisées sont davantage susceptibles de continuer à travailler après 65 ans.
Une donnée particulièrement intéressante est que beaucoup de personnes ne voient plus la retraite comme une fin définitive de la vie professionnelle, mais comme une possibilité de réorienter leur carrière.
Ce dossier permet donc de comprendre les préoccupations sociales du magazine au-delà des enjeux strictement LGBT.
L’affaire Grégoire : Gay Globe remet en question l’étiquette d’homophobie
Le dossier « Les gros mots » est probablement l’un des plus controversés du numéro.
Roger-Luc Chayer revient sur l’agression de Mathieu Grégoire lors du Festival western de Saint-Tite.
Le jeune homme avait présenté l’agression comme une attaque homophobe.
Chayer décide cependant d’examiner les faits connus et affirme que rien ne permettait, selon lui, de conclure immédiatement à un crime motivé par l’orientation sexuelle.
Il souligne notamment que la Sûreté du Québec avait procédé à une arrestation sans qu’une accusation spécifique de crime haineux ou homophobe ait alors été déposée.
Le dossier prend ensuite une dimension politique et communautaire : Chayer reproche au Collectif Carré Rose de vouloir utiliser l’affaire comme illustration de l’insécurité dans le Village gai alors que l’événement s’était produit à Saint-Tite.
Il affirme même avoir offert à Mathieu Grégoire une récompense de 2 000 $ pour favoriser l’identification de l’agresseur.
Le texte est donc un exemple particulièrement clair du journalisme d’opinion de Gay Globe : le magazine ne se contente pas de rapporter une affaire, il conteste publiquement l’interprétation dominante de l’événement.
Le VIH dans les téléphones intelligents
La section VIH du numéro est particulièrement intéressante avec le recul.
Le magazine rapporte les travaux d’une équipe de chercheurs comprenant Alexis Vallée-Bélisle, de l’Université de Montréal, autour d’une nanomachine capable de produire rapidement un diagnostic de VIH ou d’autres maladies.
À l’époque, cette technologie devait encore être testée sur des patients.
Le dossier témoigne toutefois d’une époque où la recherche cherchait déjà à rapprocher le diagnostic médical des technologies mobiles et miniaturisées.
Le tissu graisseux comme réservoir du VIH
Une autre information scientifique attire l’attention : des travaux indiquent que le tissu adipeux pourrait constituer un réservoir du VIH.
Le magazine explique que le virus était déjà connu pour persister dans certains tissus, mais que la découverte d’une présence dans les tissus graisseux ajoutait une nouvelle complexité à la compréhension de la maladie.
Le texte souligne notamment l’intérêt potentiel de cette découverte pour la recherche sur les personnes vivant avec le VIH et présentant une forte masse graisseuse.
VIH et cancers : le passage à une nouvelle réalité médicale
Le dossier « VIH et cancers viraux » constitue l’un des plus importants dossiers médicaux de l’édition.
Il rapporte une étude selon laquelle environ 40 % des cancers observés chez les personnes vivant avec le VIH seraient d’origine infectieuse, contre environ 4 % dans la population générale.
Le dossier met en avant plusieurs cancers associés à des infections : le sarcome de Kaposi, certains lymphomes liés au virus d’Epstein-Barr et les cancers associés au papillomavirus.
Le magazine insiste sur une évolution majeure de l’histoire du VIH : puisque les traitements antirétroviraux permettent aux personnes séropositives de vivre beaucoup plus longtemps, les cancers deviennent progressivement un problème de santé majeur chez cette population.
L’article insiste donc sur deux priorités : le traitement précoce du VIH et la détection rapide des cancers.
Le FIV : le « sida du chat »
Le dossier consacré au FIV transpose un thème familier aux lecteurs du magazine vers la santé animale.
Le virus de l’immunodéficience féline est décrit comme une maladie particulièrement présente chez les chats ayant accès à l’extérieur.
La transmission se produit principalement lors des bagarres et des morsures.
Le dossier rappelle une information essentielle : le FIV ne peut pas être transmis à l’humain.
Il explique également qu’un chat infecté peut demeurer asymptomatique pendant des années et qu’il est possible de vivre avec un animal porteur du virus en lui offrant des soins et un suivi appropriés.
1977 : le Truxx et la mémoire des luttes LGBT à Montréal
Les brèves internationales comprennent une information historique particulièrement importante pour Montréal : le rappel de la descente policière du Truxx en octobre 1977.
Le magazine rappelle que cette intervention policière contre un bar gai avait provoqué une importante réaction communautaire.
Environ 2 000 personnes auraient manifesté le lendemain dans les rues du centre-ville.
Gay Globe replace ainsi l’événement dans l’histoire plus large des descentes policières contre les bars homosexuels de Montréal dans les années 1970.
Cette courte brève est particulièrement précieuse pour les archives puisqu’elle rappelle que les luttes LGBT montréalaises sont intimement liées à l’histoire des interventions policières dans les établissements gais.
Aceh : 100 coups de bâton pour les homosexuels
Le numéro rappelle également la situation extrêmement répressive de la province indonésienne d’Aceh, où la charia était appliquée.
Le dossier rapporte alors que les homosexuels surpris en train d’avoir des relations sexuelles pouvaient être condamnés à 100 coups de bâton.
Gay Globe utilise cette information comme illustration des situations de persécution encore vécues par les homosexuels dans certaines régions du monde.
Ellen Page contre Matt Damon
La rubrique internationale rapporte également une polémique entourant Matt Damon, qui avait déclaré que les acteurs pouvaient avoir intérêt à préserver une part de mystère autour de leur orientation sexuelle.
Ellen Page, qui avait fait son coming out l’année précédente, avait contesté cette idée.
Cette brève est révélatrice de l’évolution du débat sur la visibilité LGBT dans l’industrie du cinéma : le coming out des artistes n’est plus seulement une question privée, mais devient également une question de représentation et de modèles sociaux.
Le prêtre gai Krzysztof Charamsa
Le dossier religieux du #108 est consacré à Krzysztof Charamsa, théologien et haut fonctionnaire du Vatican qui révèle publiquement son homosexualité et présente son compagnon.
Sa démarche provoque immédiatement sa suspension.
Charamsa écrit alors au pape François pour dénoncer ce qu’il considère comme la responsabilité de l’Église dans la souffrance vécue par les homosexuels.
Le texte est particulièrement dur à l’égard de l’institution catholique, Charamsa appelant notamment les prêtres et responsables homosexuels à avoir le courage de quitter une Église qu’il juge injuste et violente envers les personnes LGBT.
Gay Globe ajoute cependant une note éditoriale critique.
Roger-Luc Chayer rappelle que les prêtres catholiques sont soumis à des engagements de célibat et de chasteté et considère que Charamsa, en vivant une relation de couple tout en étant rémunéré par l’Église, avait lui-même enfreint les règles auxquelles il avait adhéré.
Cette intervention est importante parce qu’elle montre que Gay Globe ne reprend pas automatiquement le discours de la personne dont il rapporte l’histoire : la rédaction ajoute sa propre analyse et peut contredire son protagoniste.
Le programme québécois de lutte contre l’homophobie
Le dossier de la page 26 présente le programme du gouvernement du Québec destiné à financer des projets de lutte contre l’homophobie et la transphobie.
Le programme, lancé dans le cadre du plan d’action gouvernemental 2011-2016, vise notamment les organismes communautaires qui défendent les droits des personnes LGBT ou viennent en aide aux victimes de discrimination.
Pour 2015-2016, les priorités incluent les projets portant sur la violence et l’intimidation liées à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre et à l’expression de genre.
Le Collectif Carré Rose : une rupture éditoriale
La page 27 constitue un autre moment particulièrement important dans l’histoire éditoriale du magazine.
Roger-Luc Chayer annonce ouvertement que Gay Globe Média se dissocie du Collectif Carré Rose.
Le dossier reproche au groupe d’avoir progressivement abandonné son rôle initial de lutte contre les agressions homophobes pour devenir, selon l’analyse de Chayer, une plateforme de diffusion de contenus non vérifiés.
L’article rapporte notamment une publication dans laquelle une personne aurait été associée à une imagerie nazie.
Gay Globe affirme que Facebook aurait retiré cette publication et averti le Collectif.
Chayer reproche également au groupe de publier un très grand nombre de liens quotidiennement et d’utiliser des sources qu’il juge extrémistes ou insuffisamment vérifiées.
Le ton est extrêmement critique et constitue un exemple particulièrement clair de la volonté du magazine de se positionner lui-même comme arbitre de la qualité de l’information LGBT.
À Dieu Julien : mémoire du SIDA et lutte contre la stigmatisation
Le feuilleton « À Dieu Julien » de Caroline Gréco est l’un des textes les plus émouvants de l’édition.
Le récit aborde la fin de vie d’un homme atteint du SIDA et les réactions de son entourage.
L’un des thèmes centraux est celui de la stigmatisation.
Caroline Gréco raconte comment certaines personnes considéraient encore l’homosexualité ou la toxicomanie comme une sorte de justification morale de la maladie.
Elle oppose cette vision à une réalité beaucoup plus humaine : le SIDA est une maladie, et une maladie grave ne constitue pas une punition.
Le récit évoque aussi le travail de Bernadette dans des maisons de Mère Teresa accueillant des personnes malades du SIDA, notamment des jeunes abandonnés par leur famille.
Le texte se termine sur la dégradation neurologique de Julien et annonce la suite pour l’édition suivante.
Le courrier des lecteurs : un miroir du lectorat
La page de courrier permet de comprendre ce que les lecteurs attendent du magazine.
Un lecteur explique notamment que les chroniques de santé de la Clinique L’Actuel répondent directement à ses inquiétudes concernant sa santé et ses pratiques sexuelles.
La rédaction confirme que cette chronique est l’une des plus populaires du magazine.
Un autre échange porte sur les difficultés économiques des commerçants du Plateau et les politiques de stationnement et de circulation de Luc Ferrandez.
Enfin, un lecteur félicite Gay Globe pour ses couvertures.
La rédaction répond que la couverture constitue sa « meilleure carte d’affaires », affirmant ainsi l’importance stratégique de l’image du magazine.
Le Plateau Mont-Royal et Luc Ferrandez
Le courrier des lecteurs permet aussi de retrouver un débat très local sur les politiques de Luc Ferrandez, maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.
Un commerçant affirme que l’augmentation des tarifs de stationnement, la réduction du nombre de places, les changements de circulation et les rues en demi-sens unique auraient fait chuter fortement l’achalandage de son commerce.
La rédaction rappelle avoir elle-même discuté avec Ferrandez et lui avoir signalé les problèmes liés aux changements de circulation.
Ce passage montre que Gay Globe ne traite pas uniquement de la politique municipale lorsqu’elle touche directement les enjeux LGBT : le magazine intervient également dans les débats économiques montréalais lorsqu’ils affectent ses lecteurs et ses annonceurs.
Une édition dominée par le VIH/SIDA
Même si la couverture met en vedette Stéphanie de Monaco et que Dalida occupe une place majeure, le véritable fil conducteur du #108 demeure le VIH/SIDA.
Le thème apparaît dès la couverture.
Il revient dans le dossier Stéphanie de Monaco.
Il est présent dans les nouvelles scientifiques.
Il apparaît dans le dossier sur les cancers viraux.
Il constitue le cœur du feuilleton À Dieu Julien.
Et il fait l’objet de la dernière page avec la Journée mondiale du SIDA du 1er décembre.
Le numéro donne ainsi une image très précise de la situation éditoriale de 2015 : les traitements ont profondément changé la vie des personnes vivant avec le VIH, mais le virus demeure une préoccupation majeure et la guérison n’est toujours pas disponible.
La dernière page résume parfaitement cette philosophie : le VIH se traite, mais ne se guérit pas, et la prévention demeure essentielle.
Un magazine à la croisée de l’actualité LGBT et du journalisme d’opinion
Le #108 est également remarquable par son ton.
Gay Globe ne cherche pas à adopter systématiquement une position consensuelle.
Dans l’affaire Grégoire, le magazine remet en question l’utilisation du terme « homophobie ».
Dans le dossier Carré Rose, il attaque frontalement un groupe issu du milieu communautaire.
Dans l’affaire Charamsa, il critique à la fois l’Église catholique et le prêtre lui-même.
Dans la chronique UberX, Roger-Luc Chayer juge directement la qualité d’un service commercial.
Dans le dossier Ferrandez, le magazine relaie les critiques de commerçants du Plateau.
Le numéro démontre donc une caractéristique importante du modèle éditorial de Gay Globe : le magazine se veut à la fois média LGBT, plateforme communautaire, chroniqueur social et publication d’opinion.
La place de la santé dans Gay Globe
Le #108 permet également de mesurer l’importance accordée à la santé.
L’herpès génital fait l’objet d’un dossier détaillé.
Le cancer de la prostate est abordé.
Les recherches sur le VIH occupent plusieurs pages.
Les cancers liés au VIH sont étudiés.
Le FIV est traité sous l’angle de la santé animale.
Cette diversité montre que le magazine ne considère pas la santé LGBT comme une rubrique isolée : elle est intégrée à une conception beaucoup plus large de la santé sexuelle, masculine, infectieuse et communautaire.
La présence récurrente de la Clinique L’Actuel renforce cette orientation et témoigne du rôle que Gay Globe voulait jouer dans la diffusion d’informations de prévention auprès de son lectorat.
La mémoire LGBT comme élément permanent du magazine
Le dossier sur Catulle et la brève sur le Truxx montrent deux façons différentes de conserver la mémoire LGBT.
Catulle représente la mémoire très ancienne de l’amour entre hommes et de l’expression littéraire homosexuelle.
Le Truxx représente la mémoire contemporaine des luttes LGBT montréalaises.
Entre les deux, Gay Globe construit une continuité historique : les homosexuels ont toujours existé, mais leurs conditions de vie, leur visibilité et leur rapport aux institutions ont profondément changé.
Cette approche historique constitue l’un des éléments les plus intéressants du magazine pour les chercheurs qui s’intéressent à l’évolution de la représentation homosexuelle dans la presse québécoise.
Le #108 dans l’histoire de Gay Globe
Le Magazine Gay Globe #108 constitue un document particulièrement révélateur de la publication en 2015.
Il montre un magazine qui n’est plus seulement centré sur les bars, les sorties et la vie communautaire, mais qui s’intéresse simultanément à la médecine, à la recherche scientifique, à la politique, à l’histoire LGBT, à la consommation, à l’automobile, à la religion, aux animaux, à la culture et aux débats municipaux.
L’édition présente aussi une importante évolution de la représentation LGBT.
On retrouve les grandes icônes culturelles comme Dalida, les personnalités engagées comme Stéphanie de Monaco, les figures historiques comme Catulle, les militants et responsables communautaires, mais aussi des sujets beaucoup plus ordinaires touchant directement la vie quotidienne des lecteurs.
Le #108 est surtout un numéro profondément marqué par le VIH/SIDA.
En 2015, la maladie n’est plus présentée comme elle pouvait l’être dans les premières années de l’épidémie : les traitements existent et permettent de prolonger considérablement la vie, mais le virus reste présent, les cancers associés deviennent une préoccupation croissante, les réservoirs viraux demeurent difficiles à éliminer et les chercheurs continuent de chercher des solutions pour parvenir à la guérison.
La dernière page consacrée au 1er décembre résume cette période historique : le VIH est devenu traitable, mais pas guérissable, et la mémoire des personnes mortes du SIDA demeure essentielle.
Le numéro est également important pour comprendre le journalisme de Roger-Luc Chayer.
L’éditeur ne se contente pas de sélectionner des nouvelles. Il intervient dans les débats, teste lui-même des services, prend position sur des affaires controversées, critique des organisations communautaires, interpelle les politiques et publie des analyses personnelles.
Le #108 constitue donc un excellent exemple de ce que Gay Globe représente alors : un média LGBT québécois indépendant, fortement engagé, mais dont le contenu dépasse largement les frontières de l’actualité communautaire.
Enfin, l’édition confirme la structure professionnelle du média en 2015. Les crédits indiquent Roger-Luc Chayer comme éditeur, Camila Polanco-Andaur à la révision et aux corrections, Michel Cloutier aux relations publiques et Claude Lussier comme conseiller aux finances. La couverture est consacrée à Stéphanie de Monaco et le numéro porte clairement la marque éditoriale du Groupe Gay Globe Média.
Le Magazine Gay Globe #108 demeure ainsi un document d’archives particulièrement intéressant : il capture une période où la communauté LGBT québécoise bénéficie déjà de droits importants, mais où persistent des enjeux majeurs de santé, de stigmatisation, de représentation, de discrimination et de mémoire historique.
Il constitue également un instantané très précis de 2015, année où le VIH demeure au cœur des préoccupations, où les débats sur le coming out public prennent de l’ampleur, où les politiques municipales de Montréal suscitent de fortes réactions et où Gay Globe affirme de plus en plus clairement son identité de média indépendant capable de prendre position plutôt que de simplement rapporter les événements.