
GAY GLOBE MAGAZINE #129
Elizabeth Montgomery — « Notre sorcière bien-aimée »
Édition régulière — 2018
32 pages
Le #129 de Gay Globe Magazine est un numéro particulièrement révélateur de la ligne éditoriale du magazine à l’automne 2018. La couverture consacrée à Elizabeth Montgomery, l’inoubliable Samantha Stephens de Ma sorcière bien-aimée, permet à Gay Globe de rappeler que l’actrice avait aussi joué un rôle important dans la lutte contre le VIH/SIDA et dans la défense des personnes homosexuelles, notamment par son soutien à l’AmfAR et à AIDS Project Los Angeles.
Le numéro est cependant beaucoup plus politique et polémique que ne le laisse croire sa couverture. Roger-Luc Chayer s’en prend directement au Conseil de presse du Québec, à la suite de la poursuite intentée par Québecor, et défend une conception très indépendante de la presse spécialisée. Le magazine critique également le Vatican dans le contexte des révélations sur les abus sexuels commis par des prêtres en Pennsylvanie.
Le Village gai de Montréal occupe lui aussi une place importante avec le dossier sur l’effacement des drapeaux arc-en-ciel peints sur la rue Sainte-Catherine Est. Gay Globe s’interroge sur les raisons qui ont poussé la Ville de Montréal à faire disparaître ces couleurs quelques jours après Fierté Montréal 2018 et dénonce l’absence de réponse de Valérie Plante, de Robert Beaudry et de la Société de développement commercial du Village.
Le numéro aborde également des sujets très variés : les homosexuels favorables à Donald Trump, la shigellose, la criminalisation de l’homosexualité au Bhoutan, la fluidité des genres, les hépatites D à H, les recherches sur le VIH, l’immunosénescence, la contestation citoyenne à Rosemont, les problèmes d’humidité dans les logements et la présence des rongeurs.
La mémoire occupe enfin une place particulièrement forte. La chronique « Ces grands homos du passé » s’intéresse à Édouard II d’Angleterre et à sa relation avec Pierre Gaveston, tandis que Roger-Luc Chayer consacre un dossier émouvant à Pascal Coste, décédé du sida en 1995, et aux deux livres écrits par sa mère Caroline Gréco. Le numéro poursuit également la publication de Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et termine avec une présentation historique de l’avenue Morgan à Montréal.
| Page | Titre | Sujet traité |
|---|---|---|
| 1 | Elizabeth Montgomery — Notre sorcière bien-aimée | Une couverture consacrée à Elizabeth Montgomery et à son engagement envers les personnes vivant avec le VIH/SIDA et les communautés homosexuelles. Gay Globe rappelle que l’actrice de Ma sorcière bien-aimée s’était impliquée auprès de l’AmfAR et d’AIDS Project Los Angeles après la fin de sa célèbre série. Le magazine souligne également son amitié avec Dick Sargent, qui avait interprété son mari dans la série et qui avait fait publiquement son coming out. La couverture présente Montgomery comme une personnalité ayant utilisé sa notoriété pour contribuer à combattre la peur entourant le VIH et l’homosexualité. |
| 2 | Présentation du magazine et table des matières | La page institutionnelle et le sommaire du #129. Roger-Luc Chayer est présenté comme éditeur, Jean-Sébastien Bourré comme réviseur et correcteur, Daniel De Montigny comme journaliste et Michel Cloutier aux relations publiques. La page annonce les principaux dossiers du numéro : le Conseil de presse, le Vatican, le VIH, l’effacement des couleurs du Village, Trump, la shigellose, le Bhoutan, la fluidité des genres, les hépatites, Rosemont, l’immunosénescence, Pascal Coste et Le Meilleur des mondes. |
| 3 | Un conseil… Pas de presse! | Éditorial de Roger-Luc Chayer consacré au Conseil de presse du Québec. Le texte réagit à la décision de Québecor de poursuivre le Conseil de presse pour 200 000 $ en dommages. Chayer soutient que le Conseil n’est pas un tribunal judiciaire et critique son fonctionnement, son absence de pouvoir légal et son caractère volontaire. Il remet également en question sa représentativité, notamment parce que les médias de Gay Globe n’en sont pas membres et que les communautés LGBTQ+ y seraient, selon lui, insuffisamment représentées. Le dossier devient ainsi une réflexion sur la légitimité des organismes d’autoréglementation journalistique et sur la liberté des médias de choisir ou non d’y adhérer. |
| 4 | Vatican : la secte pédophile! | Une attaque extrêmement virulente contre l’Église catholique à la suite du rapport sur les abus sexuels en Pennsylvanie. Roger-Luc Chayer revient sur l’enquête ayant recensé des centaines de prêtres accusés d’avoir agressé près d’un millier d’enfants. Le texte extrapole ensuite les chiffres de la Pennsylvanie à l’ensemble du clergé catholique mondial pour illustrer l’ampleur potentielle du phénomène. Chayer accuse les autorités religieuses d’avoir protégé des prêtres et réclame que les institutions religieuses soient soumises aux mêmes responsabilités civiles et criminelles que les autres organisations. |
| 5 | Grande avancée contre le VIH | Des traitements expérimentaux par anticorps pourraient éventuellement réduire la nécessité de prendre des antirétroviraux quotidiennement. Le dossier présente deux études publiées dans Nature et Nature Medicine, portant sur des patients ayant reçu des injections de deux anticorps ciblant le VIH. La charge virale est demeurée indétectable pendant plusieurs semaines chez les participants, certains ayant bénéficié d’une suppression beaucoup plus longue. L’article présente cette approche comme une piste vers des traitements administrés seulement quelques fois par année. La page reproduit également une information sensationnaliste affirmant qu’une jeune Française aurait volontairement transmis le VIH à des centaines de migrants, information présentée sans analyse approfondie. |
| 6 | L’effacement de nos couleurs | La disparition des drapeaux arc-en-ciel peints sur la rue Sainte-Catherine Est dans le Village gai. Quelques jours après Fierté Montréal 2018, des employés de la Ville de Montréal effacent les couleurs peintes sur la chaussée à l’aide de jets de sable. Gay Globe décrit l’opération et recueille la réaction de commerçants qui considèrent cet effacement comme une disparition symbolique de leur communauté. Roger-Luc Chayer critique particulièrement le fait que Valérie Plante, Robert Beaudry et la SDC du Village n’aient pas répondu aux demandes d’explications du magazine. Il défend le drapeau arc-en-ciel comme symbole de visibilité et d’appartenance territoriale pour les personnes LGBTQ+. |
| 7–8 | Les homos pour Trump? | Une analyse de la présence de personnes LGBTQ+ favorables à Donald Trump et au Parti républicain. Daniel De Montigny présente notamment Gays for Trump, groupe fondé par Peter Boykin, ainsi que d’autres organisations homosexuelles favorables au président américain. Le dossier examine leur perception d’une communauté LGBTQ+ dominée par la gauche et leur volonté de défendre une approche conservatrice. L’auteur oppose cependant cette position aux politiques de l’administration Trump concernant notamment le mariage, la discrimination au travail et les droits des personnes LGBT. Le texte s’intéresse aussi à la montée de l’alt-right, à la provocation politique et à la désinformation sur Internet. |
| 9 | Alerte à la shigellose | Un dossier de santé publique sur l’augmentation des cas de shigellose chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Le magazine reprend les informations de l’Agence de la santé publique du Canada concernant cette infection bactérienne très contagieuse. La transmission féco-orale, les symptômes gastro-intestinaux, la durée de la maladie et les complications possibles sont expliqués. Le dossier rappelle que la shigellose peut se transmettre lors de contacts sexuels et que les personnes infectées peuvent demeurer contagieuses après la disparition des symptômes. |
| 10 | Ces paradis homophobes : Bhoutan | Portrait du Bhoutan et de la situation juridique des personnes homosexuelles. Le dossier présente la géographie, l’histoire, la population, le bouddhisme et le concept de « bonheur national brut » du royaume himalayen. Gay Globe souligne cependant le contraste entre cette image de pays paisible et une législation qui criminalisait encore les relations homosexuelles. Les articles 213 et 214 du Code pénal prévoyaient alors des peines d’emprisonnement pouvant aller d’un mois à un an. Le dossier note également l’absence de reconnaissance juridique des couples de même sexe. |
| 11–12 | L’actualité en bref | Une sélection de nouvelles internationales et communautaires. Parmi les sujets présentés figurent l’association « Free Mom Hugs », fondée par Sara Cunningham pour offrir des câlins de soutien aux personnes LGBTQ+ rejetées par leurs familles, ainsi que des agressions de personnes homosexuelles attirées dans des pièges par des sites de rencontres à Nîmes. La section évoque également des tensions entre la Silicon Valley et Donald Trump et diverses informations concernant les communautés LGBTQ+ et les médias sociaux. |
| 13 | Ces grands homos du passé : Édouard II | Portrait du roi Édouard II d’Angleterre et de sa relation avec Pierre Gaveston. Le dossier revient sur le règne du monarque, son conflit avec les barons et le rôle exceptionnel de Gaveston dans son entourage. La nature exacte de leur relation demeure discutée par les historiens : certains récits médiévaux suggèrent une relation amoureuse, tandis qu’une interprétation plus récente évoque une fraternité adoptive. La chronique présente également l’influence de leur relation sur la politique anglaise et sur les œuvres littéraires et cinématographiques qui ont suivi. |
| 14–15 | La fluidité des genres | Une réflexion de Roger-Luc Chayer sur les identités non binaires, la fluidité des genres et la diversité des identités sexuelles et de genre. L’auteur commence en reconnaissant la complexité du sujet et tente de distinguer identité de genre, orientation sexuelle, androgynie et intersexuation. Le dossier présente les notions de « non-binaire » et de « genderqueer », ainsi que l’utilisation de nouveaux pronoms. Le texte s’interroge également sur la différence entre identité, expression de genre et transition et reconnaît qu’en 2018 les définitions demeurent encore en évolution dans l’espace public. |
| 16–17 | Les hépatites D, E, F, G et H | Une présentation des formes moins connues de l’hépatite virale. Après avoir rappelé les caractéristiques des hépatites A, B et C, Roger-Luc Chayer présente les hépatites D et E et explique leurs modes de transmission. Le dossier aborde ensuite l’hépatite F, dont l’existence demeure hypothétique, ainsi que le virus G ou GBV-C, qui ne semble finalement pas associé à une maladie clinique importante. Le texte permet au lecteur de comprendre pourquoi les lettres attribuées aux virus ne correspondent pas toutes à des maladies humaines clairement établies. |
| 17–18 | L’actualité en bref | Actualité culturelle, politique et LGBTQ+. La page rapporte notamment l’importance historique de la chanson « Comme ils disent » de Charles Aznavour, qui abordait l’homosexualité sans moquerie dès 1972. Une décision judiciaire à Hong Kong améliore également le statut migratoire des partenaires homosexuels étrangers. La page rapporte enfin la défaite de Jean-François Lisée dans Rosemont et son départ de la direction du Parti québécois, en donnant la lecture très critique de Roger-Luc Chayer concernant les rapports entre le bureau de Lisée et Gay Globe. |
| 18–19 | Rosemont s’en va en guerre | Un dossier sur la mobilisation des résidents de l’avenue Bourbonnière contre une décision de l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie. Roger-Luc Chayer explique que les résidents ont appris que leur avenue résidentielle devait être utilisée comme voie de circulation importante pendant les travaux du SRB Pie-IX. Environ 250 autobus par jour et de nombreux véhicules devaient y circuler pendant plusieurs années. Un mouvement citoyen baptisé « Ensemble pour Bourbonnière » s’organise alors, avec page Facebook, rencontres politiques, interventions médiatiques et possibilité de recours judiciaires. Le dossier présente cette mobilisation comme un exemple de résistance citoyenne à une décision municipale prise sans consultation suffisante. |
| 19–20 | L’actualité VIH/SIDA en bref | Une découverte sur la protéine NONO et le contrôle naturel du VIH. Des chercheurs de l’Inserm et de l’Institut Curie ont identifié une protéine capable de mieux reconnaître le VIH-2 que le VIH-1. Le magazine explique que le VIH-2 évolue beaucoup plus lentement vers le sida et que l’étude de ce mécanisme pourrait contribuer à la recherche vaccinale. La page présente également le changement de nom de Sida-Vie Laval, devenu Sphère, avec l’élargissement de ses services aux personnes vivant avec le VIH, aux travailleurs du sexe et aux personnes dépendantes aux drogues. |
| 20–21 | Juridique : Humidité et contrôle | Conseils concernant la température et l’humidité dans les habitations. Le dossier examine les effets d’un logement trop froid ou trop humide sur la santé et le confort. Il rappelle notamment l’importance de maintenir une humidité relative adéquate, en évitant à la fois l’air trop sec et l’excès d’humidité susceptible de favoriser les moisissures et les acariens. Le dossier propose également des moyens simples de contrôler l’humidité, notamment l’utilisation de la hotte de cuisine et du ventilateur de salle de bain. |
| 21–22 | L’immunosénescence | Le vieillissement accéléré du système immunitaire chez les personnes vivant avec le VIH. Le dossier explique que l’arrivée des traitements antirétroviraux a considérablement augmenté l’espérance de vie des personnes séropositives, mais que l’infection chronique peut demeurer associée à des problèmes cardiovasculaires, métaboliques, rénaux, hépatiques, osseux et neurologiques. Le concept d’immunosénescence décrit un système immunitaire qui présente des caractéristiques comparables à celles d’un organisme beaucoup plus âgé. Le magazine insiste sur l’importance du dépistage précoce, du traitement, de l’activité physique, de l’alimentation, du sommeil et du suivi médical. |
| 22–23 | Froid = retour des rongeurs | Conseils de prévention contre les souris et autres rongeurs dans les bâtiments. La chronique de MBM Extermination explique que les souris peuvent entrer dans un bâtiment par de petites ouvertures et que les points d’entrée ne se trouvent pas uniquement près des fondations. Les arbres, vignes, soffites, objets entreposés et murs mitoyens peuvent faciliter leur déplacement. Le dossier rappelle également qu’une souris aperçue dans une habitation est rarement seule et que les infestations peuvent toucher certains étages ou certains logements plus que d’autres. |
| 23–24 | Nouvelles brèves | Une série de nouvelles internationales à tonalité LGBTQ+. La page rapporte notamment l’histoire médiatisée de deux pingouins mâles ayant tenté de s’occuper d’un bébé manchot dans un zoo danois, une campagne de financement de la revue française Têtu, les déclarations controversées d’un scénariste de Sesame Street sur Ernie et Bert et une nouvelle politique américaine concernant les visas des partenaires non mariés de diplomates homosexuels. |
| 25 | Page de transition | Page sans dossier rédactionnel principal identifiable dans le contenu textuel du PDF. Elle sert de séparation avant le dossier mémoriel consacré à Pascal Coste. Le sommaire du magazine passe directement de « Nouvelles brèves » à « Pascal Coste : 23 ans déjà! ». |
| 26 | Pascal Coste : 23 ans déjà! | Un hommage personnel de Roger-Luc Chayer à un ami disparu du sida en 1995. Chayer raconte le décès de Pascal Coste, qui avait choisi de garder sa séropositivité secrète par honte et par peur du regard social. Il rappelle que Pascal est mort quelques mois seulement avant l’arrivée de la trithérapie en France. Le dossier présente ensuite les deux livres écrits par sa mère Caroline Gréco : Julien, toi qui préfères les hommes et À Dieu, Julien, qui racontent respectivement la découverte de l’homosexualité d’un fils par sa famille puis son combat contre le sida. Gay Globe explique que la famille a confié les droits de ces ouvrages au média afin qu’ils puissent être diffusés gratuitement auprès de la communauté. |
| 27 | L’actu des stars en bref | Représentation homosexuelle au cinéma et carrière de Xavier Dolan aux États-Unis. Le premier dossier reprend les interrogations de Kit Harington sur la présence d’acteurs ouvertement homosexuels dans les grands films de super-héros, notamment les productions Marvel. Le texte questionne l’idée selon laquelle masculinité, héroïsme et homosexualité seraient difficilement compatibles dans les blockbusters. La page présente également Xavier Dolan dans Boy Erased, drame américain consacré à un jeune homme envoyé dans un programme religieux visant à le rendre hétérosexuel. |
| 28–29 | Le Meilleur des mondes — 4 | Suite du roman dystopique d’Aldous Huxley. Les pages poursuivent la visite du Centre d’Incubation et de Conditionnement et décrivent la fabrication des travailleurs et leur conditionnement physique avant la naissance. Le Directeur présente ensuite les méthodes utilisées pour apprendre aux enfants à détester les livres et les fleurs grâce à des alarmes et à des décharges électriques. L’explication est profondément économique : les classes inférieures doivent être conditionnées à consommer, notamment en pratiquant des sports et en utilisant les moyens de transport, plutôt qu’à apprécier gratuitement la nature. La suite est annoncée dans la prochaine édition. |
| 30 | Le courrier des lecteurs | Une rubrique qui révèle directement les rapports entre Gay Globe et son lectorat. Un lecteur demande pourquoi le magazine ne consacre pas davantage de place aux organismes communautaires offrant des services gratuits. Roger-Luc Chayer répond que ce n’est pas, selon lui, le rôle d’un média de constituer un registre exhaustif et que Gay Globe préfère consacrer ses pages au contenu rédactionnel. Une lectrice revient ensuite sur le projet de fermeture de la voie Camilien-Houde et explique avoir changé d’avis après avoir lu le dossier du magazine. Un autre lecteur apprécie particulièrement la chronique « Ces grands homos du passé ». Enfin, une lectrice dénonce l’état du Village gai, notamment l’itinérance, la pauvreté et la consommation de drogues. Chayer répond en appelant à une prise en charge beaucoup plus structurée des personnes en difficulté et critique l’absence de volonté politique. |
| 31 | L’Avenue Morgan à Montréal | Découverte historique de l’avenue Morgan dans Hochelaga-Maisonneuve. Le dossier présente cette avenue comme un exemple montréalais du mouvement « City Beautiful », dont l’objectif était notamment d’améliorer la salubrité, la circulation et l’aménagement urbain. L’aménagement conçu en 1912 par Frederick Gage Todd prévoyait une longue perspective agrémentée de végétation et de bâtiments d’inspiration française. La page évoque également le Bain Morgan, le théâtre Denise-Pelletier et le parc Morgan, permettant de replacer cette partie de Montréal dans son histoire architecturale et sociale. |
| 32 | Quatrième de couverture | Dernière page de l’édition. La 32e page complète la structure physique du magazine et ne comporte pas de dossier rédactionnel identifiable dans le contenu textuel extrait du PDF. Le dernier contenu éditorial est donc la présentation historique de l’avenue Morgan à la page 31. |
Elizabeth Montgomery : une couverture qui dépasse la nostalgie
Le choix d’Elizabeth Montgomery est particulièrement intéressant parce qu’il pourrait, à première vue, sembler purement nostalgique.
Pourtant, Gay Globe ne choisit pas de mettre en couverture Samantha Stephens simplement parce que Ma sorcière bien-aimée demeure populaire auprès de plusieurs générations.
Le magazine rappelle surtout qu’après la fin de la série, Montgomery s’était engagée dans la lutte contre le VIH/SIDA, notamment avec l’AmfAR et AIDS Project Los Angeles.
L’éditorial insiste également sur son amitié avec Dick Sargent, qui avait incarné Darrin Stephens et qui avait fait son coming out. Montgomery est donc présentée comme une alliée ayant choisi de soutenir publiquement des personnes homosexuelles à une époque où le VIH demeurait associé à une peur considérable.
Le titre « Notre sorcière bien-aimée » devient ainsi beaucoup plus qu’une référence télévisuelle : c’est un hommage à une alliée de la communauté.
Le Conseil de presse : un enjeu central pour Gay Globe
Le dossier « Un conseil… Pas de presse! » est probablement l’un des textes les plus importants du numéro pour comprendre la conception que Gay Globe se fait de son propre métier.
La poursuite de Québecor contre le Conseil de presse offre à Roger-Luc Chayer l’occasion de développer une critique beaucoup plus large du fonctionnement de cet organisme.
Il conteste notamment son statut, son caractère volontaire, l’apparence de fonctionnement judiciaire de ses procédures et l’absence de représentation des médias LGBTQ+.
Ce dossier est important pour l’histoire de Gay Globe parce qu’il montre que la relation entre le magazine et les organismes de régulation de la presse est déjà un sujet éditorial majeur en 2018.
Le Village gai : l’effacement des couleurs
Le dossier « L’effacement de nos couleurs » constitue l’un des documents les plus intéressants du numéro pour comprendre le Village gai de 2018.
Les drapeaux arc-en-ciel peints sur la chaussée avaient été installés dans le cadre des célébrations de Fierté Montréal. Leur effacement quelques jours après le festival provoque l’indignation de certains commerçants.
Gay Globe ne s’arrête pas à la question esthétique.
Le dossier considère les couleurs comme un symbole territorial et identitaire, permettant aux personnes LGBTQ+ de se reconnaître et de rendre leur présence visible.
Le refus de la Ville de Montréal et des représentants politiques locaux de répondre aux questions de Gay Globe devient alors presque aussi important que l’effacement lui-même.
Ce dossier annonce d’ailleurs les tensions qui continueront d’occuper le magazine dans les numéros suivants concernant Valérie Plante, Robert Beaudry et la gestion politique du Village gai.
Les homosexuels pro-Trump : une minorité dans la minorité
Le dossier « Les homos pour Trump? » apporte une dimension politique américaine inhabituelle.
Daniel De Montigny ne se contente pas de constater l’existence d’homosexuels favorables à Trump : il cherche à comprendre leur motivation.
Les groupes Gays for Trump et Deplorable Pride sont présentés comme des organisations qui considèrent que les communautés LGBTQ+ sont dominées par la gauche et que les homosexuels conservateurs sont marginalisés à l’intérieur même de leur propre communauté.
Le dossier analyse ensuite la contradiction entre cette perception et certaines politiques de l’administration Trump.
Le texte s’intéresse également à la droite alternative, à Breitbart, à Milo Yiannopoulos, à la provocation et à la désinformation, ce qui donne au dossier une portée qui dépasse largement la politique électorale américaine de 2018.
La santé sexuelle reste omniprésente
Comme dans plusieurs numéros de cette période, le #129 consacre une place considérable à la santé.
La shigellose fait l’objet d’un dossier spécifique, alors que plusieurs pages sont consacrées au VIH et aux hépatites.
Cette approche est révélatrice de l’évolution de Gay Globe : la santé LGBTQ+ n’est plus limitée au sida. Elle englobe désormais les infections entériques, les hépatites, les maladies cardiovasculaires associées au VIH, l’immunosénescence et les conséquences à long terme de l’infection chronique.
Le VIH : de la survie au vieillissement
Le dossier sur l’immunosénescence est particulièrement révélateur de l’évolution de l’épidémie.
Les traitements antirétroviraux ont transformé le VIH d’une maladie rapidement mortelle en une infection chronique permettant à de nombreuses personnes de vivre beaucoup plus longtemps.
Mais cette longévité fait apparaître de nouvelles questions.
Le magazine s’intéresse ainsi aux maladies cardiovasculaires, aux troubles métaboliques, aux reins, au foie, aux os et au vieillissement du système immunitaire.
Autrement dit, la question n’est plus seulement de permettre aux personnes vivant avec le VIH de survivre, mais de leur permettre de vieillir en santé.
La fluidité des genres : un texte qui témoigne de 2018
Le dossier « La fluidité des genres » est particulièrement intéressant aujourd’hui parce qu’il documente la manière dont ces notions étaient présentées dans le débat public à la fin des années 2010.
Roger-Luc Chayer reconnaît lui-même entrer dans un domaine qu’il considère complexe et tente de distinguer les différentes notions : identité de genre, orientation sexuelle, androgynie, intersexuation et non-binarité.
Le texte reflète donc une période où le vocabulaire entourant les identités de genre évolue rapidement et où les médias traditionnels et spécialisés cherchent encore leurs repères.
Il constitue ainsi un document historique sur la manière dont la presse LGBTQ+ québécoise abordait la non-binarité en 2018.
Édouard II : l’histoire homosexuelle continue
La chronique « Ces grands homos du passé » s’intéresse cette fois à Édouard II d’Angleterre.
La relation avec Pierre Gaveston est particulièrement intéressante parce qu’elle demeure historiquement difficile à qualifier avec certitude.
Certaines sources médiévales évoquent un amour exceptionnel entre les deux hommes, tandis que des historiens proposent une interprétation différente fondée sur les pratiques de fraternité adoptive du Moyen Âge.
Gay Globe présente donc non seulement une figure historique potentiellement homosexuelle, mais aussi le débat historiographique sur la manière d’interpréter les relations entre hommes dans les sociétés anciennes.
Pascal Coste : la mémoire du sida
Le dossier « Pascal Coste : 23 ans déjà! » est probablement le texte le plus personnel de cette édition.
Roger-Luc Chayer raconte la disparition d’un ami qui avait choisi de garder son statut sérologique secret.
Le témoignage rappelle avec force la réalité sociale du VIH avant la trithérapie : peur, honte, isolement et difficulté à parler de la maladie.
Pascal est mort en 1995, quelques mois avant l’arrivée de traitements qui auraient pu changer son destin.
Mais le dossier ne s’arrête pas à la mort.
À travers les livres de sa mère, Caroline Gréco, Gay Globe transforme cette histoire personnelle en outil de transmission destiné aux parents et aux jeunes homosexuels.
Le magazine devient alors lui-même dépositaire d’une mémoire familiale et communautaire.
La représentation homosexuelle au cinéma
La page des stars s’intéresse à une question qui allait devenir de plus en plus importante dans les années suivantes : les acteurs ouvertement homosexuels peuvent-ils jouer des héros masculins dans les grandes productions hollywoodiennes?
Kit Harington pose la question dans le contexte des films Marvel.
Le dossier s’intéresse également à Xavier Dolan et à Boy Erased, film traitant d’un jeune homme envoyé dans un programme religieux de « conversion ».
Ces deux sujets se rejoignent autour d’une même problématique : la visibilité LGBTQ+ ne dépend pas uniquement de la présence de personnages homosexuels, mais également de la possibilité pour des artistes LGBTQ+ de travailler sans être enfermés dans des rôles ou des catégories particulières.
Le Meilleur des mondes : le conditionnement commence dès l’enfance
La quatrième partie de la publication de Aldous Huxley est particulièrement frappante.
Les enfants sont conditionnés par des méthodes pavloviennes afin d’associer certains objets à la peur et à la douleur.
Les livres et les fleurs deviennent ainsi des objets détestés par les enfants des castes inférieures.
Mais Huxley va beaucoup plus loin : le Directeur explique que cette haine de la nature répond à une logique économique.
La société veut empêcher les classes inférieures d’apprécier gratuitement la campagne et préfère les conditionner à pratiquer des sports qui nécessitent du transport et donc de la consommation.
Le roman fait ainsi directement écho à plusieurs préoccupations contemporaines du magazine : conditionnement social, consommation, contrôle des individus et manipulation des comportements.
Le courrier des lecteurs : un document exceptionnel sur le lectorat
La page 30 est particulièrement intéressante pour les archives de Gay Globe.
Les lecteurs y discutent de la place des organismes communautaires, du projet de fermeture de la voie Camilien-Houde, de la chronique historique et de l’état du Village gai.
La réponse à la lectrice qui dénonce l’itinérance est particulièrement révélatrice.
Roger-Luc Chayer considère alors que le problème ne peut pas être réglé uniquement par la tolérance ou par des interventions ponctuelles. Il réclame une structure permettant d’orienter les personnes malades ou sans ressources vers un logement et une occupation constructive sur les plans mental et médical.
Cette position annonce plusieurs des préoccupations qui reviendront dans les années suivantes dans les pages de Gay Globe concernant le Village.
L’avenue Morgan : terminer le numéro par l’histoire montréalaise
Le choix de terminer le contenu éditorial par l’avenue Morgan est intéressant.
Après un numéro consacré en grande partie aux conflits politiques, au VIH, aux droits LGBTQ+ et aux débats sociaux, Gay Globe revient à une histoire beaucoup plus locale.
L’avenue Morgan est présentée comme un exemple du mouvement City Beautiful à Montréal et comme un projet urbain conçu au début du XXe siècle pour améliorer la salubrité, la circulation et l’esthétique de la ville.
Le dossier permet également de rappeler l’existence du Bain Morgan, du parc Morgan et du théâtre Denise-Pelletier.
C’est une façon de replacer la vie LGBTQ+ contemporaine dans une histoire urbaine montréalaise beaucoup plus ancienne.
Un numéro où la mémoire et la confrontation dominent
Le #129 est finalement un numéro très caractéristique du Gay Globe de 2018.
La mémoire est omniprésente : Elizabeth Montgomery, Édouard II, Pascal Coste, Caroline Gréco, Charles Aznavour et l’histoire de Montréal.
Mais cette mémoire côtoie constamment la confrontation : Québecor contre le Conseil de presse, Gay Globe contre le Vatican, Gay Globe contre la Ville de Montréal, les débats autour de Donald Trump, les conflits politiques à Rosemont et les critiques envers les autorités responsables du Village gai.
Le VIH constitue le troisième grand axe du numéro. La maladie est abordée sous des angles scientifiques, historiques et humains : nouvelles molécules et anticorps, VIH-2, immunosénescence, hépatites, témoignage de Pascal Coste et mémoire des premières années de l’épidémie.
Le #129 documente donc une période charnière où les personnes vivant avec le VIH bénéficient désormais de traitements beaucoup plus efficaces, alors que les conséquences sociales, politiques et historiques de l’épidémie demeurent profondément présentes.
Le numéro constitue aussi une photographie particulièrement intéressante du Village gai de Montréal en 2018, notamment à travers le dossier sur l’effacement des couleurs de la rue Sainte-Catherine Est et les réactions des lecteurs à propos de l’itinérance, de la pauvreté et de la dégradation du secteur.
Enfin, l’édition témoigne d’un Gay Globe qui revendique très clairement son rôle de média indépendant, spécialisé et critique, qui ne cherche pas uniquement à représenter les communautés LGBTQ+, mais aussi à questionner leurs représentants, les élus, les institutions, les grandes entreprises médiatiques et les organismes qui prétendent parler en leur nom.
Le #129 est ainsi à la fois un magazine d’actualité LGBTQ+, un document sur le Montréal gai de 2018, une chronique de l’évolution du VIH et un morceau important de la mémoire éditoriale de Gay Globe.