GAY GLOBE MAGAZINE #131
Ellen DeGeneres — « Elle a fait notre histoire »
Édition régulière — 2019
32 pages
Le #131 de Gay Globe Magazine est un numéro particulièrement représentatif de la ligne éditoriale du magazine en 2019. La couverture rend hommage à Ellen DeGeneres, dont le coming out public et le retour spectaculaire à la télévision sont présentés comme des événements ayant contribué à transformer durablement l’image des personnes LGBTQ+ dans la société.
Le numéro aborde également des questions très directement liées à la vie des communautés LGBTQ+ : la place des médias gais professionnels, l’itinérance dans le Village gai, les rapports entre religion et justice, la PrEP vendue sur le marché noir, les applications de rencontres, le militantisme communautaire et l’utilisation des symboles LGBT par de grandes institutions.
La santé occupe une place importante avec des dossiers sur le VIH/SIDA, la dépression, le stress post-traumatique, les opioïdes et les benzodiazépines, auxquels s’ajoutent plusieurs nouvelles scientifiques. Le magazine poursuit également ses chroniques historiques avec Léonard de Vinci, ses dossiers internationaux sur les pays criminalisant l’homosexualité avec la Grenade, ainsi que la publication en feuilleton du roman Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley.
Le #131 est enfin marqué par un changement important dans l’histoire du média : Gay Globe annonce l’abandon définitif du domaine .US au profit de gayglobe.net, domaine qui deviendra par la suite l’adresse principale du média.
| Page | Titre | Sujet traité |
|---|---|---|
| 1 | Ellen DeGeneres — Elle a fait notre histoire | Une couverture consacrée à l’une des personnalités LGBTQ+ les plus importantes de la télévision américaine. Gay Globe rend hommage à Ellen DeGeneres en rappelant son coming out public, l’immense controverse qui avait suivi la révélation de son homosexualité dans sa sitcom Ellen, les appels au boycott et les menaces contre la production. Le magazine souligne ensuite son retour triomphal en 2003 avec The Ellen DeGeneres Show, son mariage avec Portia de Rossi et son rôle dans la transformation de l’image publique des lesbiennes. |
| 2 | Présentation et table des matières | La page institutionnelle du magazine et le sommaire du #131. La page présente l’équipe de Gay Globe, avec Roger-Luc Chayer à titre d’éditeur, Jean-Sébastien Bourré à la révision et à la correction, Michel Cloutier aux relations publiques et Nicolas Fourcadier comme chroniqueur. Elle annonce également les principaux dossiers du numéro : les médias gais professionnels, l’itinérance, les prêtres, la PrEP, la Grenade, Léonard de Vinci, la dépression, Jussie Smollett, le VIH/SIDA, les opioïdes, les actualités internationales et Le Meilleur des mondes. |
| 3 | Hommage à Ellen DeGeneres | Éditorial de Roger-Luc Chayer. L’éditeur retrace les moments déterminants de la carrière d’Ellen DeGeneres, notamment son coming out dans The Oprah Winfrey Show et celui de son personnage dans la sitcom Ellen. Le texte rappelle les réactions extrêmement hostiles de certains groupes religieux, les menaces et le boycott qui ont contribué à l’annulation de l’émission. Le retour d’Ellen en 2003 est présenté comme une démonstration de résilience et comme une contribution majeure à la visibilité LGBTQ+. |
| 4 | Les médias gais professionnels | La défense d’une presse LGBTQ+ spécialisée et indépendante. Roger-Luc Chayer répond à l’idée selon laquelle un média gai serait nécessairement marginal parce qu’il ne serait pas « mainstream ». Il explique que la spécialisation permet au contraire de rejoindre directement un public précis et que la diffusion numérique, les PDF, les réseaux sociaux et les moteurs de recherche permettent à un article spécialisé d’atteindre une audience considérable. Le texte défend également la nécessité d’une véritable presse LGBTQ+ professionnelle, notamment pour traiter du VIH, de la recherche médicale et des enjeux communautaires. |
| 5 | L’itinérance au compte-gouttes | La situation des personnes itinérantes à Montréal et particulièrement dans le Village gai. Le dossier critique les solutions temporaires mises en place pour répondre à l’itinérance, notamment les refuges de dépannage. Roger-Luc Chayer estime qu’un café chaud et une place pour dormir ne suffisent pas à résoudre un problème social profondément enraciné. Le texte souligne la visibilité particulièrement importante de l’itinérance dans le secteur du Village gai et ses conséquences sociales et économiques, tout en plaidant pour des ressources permettant réellement aux personnes concernées de retrouver leur autonomie. |
| 6 | Ces prêtres intouchables | Le droit canonique, les crimes sexuels et la responsabilité de l’Église catholique. Roger-Luc Chayer examine le fonctionnement du droit canonique romain et s’interroge sur la manière dont les crimes sexuels commis par des membres du clergé sont traités par les institutions religieuses. Le dossier porte notamment sur les mécanismes disciplinaires internes de l’Église, le secret entourant certaines affaires et la possibilité de sanctions ou de dispenses religieuses. L’auteur remet en question l’existence de systèmes juridiques religieux parallèles dans une société démocratique et laïque. |
| 7 | Le bœuf bourguignon flambé | Chronique culinaire de Nicolas Fourcadier. La recette propose une version particulière du bœuf bourguignon dans laquelle le vin rouge utilisé pour la marinade est préalablement flambé. La préparation demande une marinade de 24 heures, suivie d’une longue cuisson au four. La chronique propose également des pommes de terre vapeur, des champignons revenus au beurre, des oignons caramélisés et du bacon comme accompagnements. |
| 8 | L’art de la présentation | Comment améliorer sa photographie sur les applications de rencontres. Le dossier s’intéresse aux photos utilisées sur Grindr, Gay411, Tinder et d’autres plateformes de rencontres. Il explique l’importance de l’éclairage, de l’arrière-plan, de l’angle du corps, de la distance avec l’appareil et de l’expression du visage. L’article recommande notamment d’éviter les photos trop rapprochées ou prises comme des « mugshots », les arrière-plans désordonnés, le flash et les effets de flou destinés à dissimuler l’apparence. |
| 9 | Changer le militantisme | Une critique des divisions internes du mouvement communautaire LGBTQ+. Jean-Sébastien Bourré raconte son expérience du milieu communautaire et dénonce les rivalités entre organismes, la compétition pour les subventions, les divisions internes et les discours constamment axés sur la victimisation. Il plaide pour davantage de collaboration, de respect entre les organismes et d’ouverture envers les nouvelles initiatives. Le texte soutient qu’une communauté plus unie serait mieux placée pour défendre ses droits et conserver la crédibilité acquise auprès de la société. |
| 10 | La contrebande de PrEP | Les dangers liés à la vente illégale de médicaments de prévention du VIH. Roger-Luc Chayer part d’une annonce publiée sur un site de rencontres gai montréalais par une personne affirmant avoir un surplus de PrEP à vendre. Le dossier explique pourquoi cette situation est inquiétante : le médicament peut être contrefait, mal dosé ou utilisé incorrectement. L’article rappelle que la PrEP doit être prescrite et suivie médicalement et que son utilisation ponctuelle ou improvisée ne garantit pas la protection recherchée. Le magazine met particulièrement en garde les jeunes susceptibles d’acheter des comprimés sur le marché noir. |
| 11 | Paradis homophobes : Grenade | Portrait de la Grenade et de sa législation contre l’homosexualité. Le dossier présente la géographie, l’histoire coloniale, la population, l’économie, la culture et les particularités de cette petite nation des Caraïbes. Il rappelle notamment son passé français et britannique, son indépendance en 1974 et sa réputation d’« île aux épices ». Le dossier devient ensuite juridique : les relations sexuelles entre hommes demeurent criminalisées et peuvent entraîner une peine d’emprisonnement pouvant atteindre dix ans. |
| 12–13 | L’actualité en bref | Une série d’informations communautaires, professionnelles et internationales. Les pages annoncent notamment l’admission d’Hélène Bouchard, de MBM Gestion Parasitaire, comme première femme membre du Club Richelieu de Saint-Bruno et la nomination de Martine Roy à un poste de direction régionale LGBTQ+ à la Banque TD. Un compte Instagram consacré aux difficultés d’un homosexuel musulman en Indonésie est également évoqué. La page 13 annonce surtout un changement majeur pour Gay Globe : l’abandon du domaine .US au profit de gayglobe.net. Le dossier explique que le domaine américain avait été choisi en 2002 pour contourner les restrictions publicitaires et certaines normes canadiennes alors applicables aux contenus homosexuels sur Internet. La page présente également les loyers payés par différents organismes hébergés au Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal et rapporte la condamnation d’un présentateur de télévision égyptien ayant interviewé un homosexuel. |
| 14 | Ces grands homos du passé : Léonard de Vinci | Portrait historique de Léonard de Vinci et réflexion sur sa sexualité. Le dossier rappelle l’extraordinaire polyvalence de Léonard de Vinci comme peintre, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste et penseur de la Renaissance. Il présente ensuite les recherches historiques consacrées à sa vie privée et notamment les relations étroites qu’il aurait entretenues avec ses élèves Salai et Francesco Melzi. Le magazine revient sur les interprétations historiques de son homosexualité et sur la manière dont sa sexualité a été étudiée au fil des siècles. |
| 15 | Le magnésium vs la dépression | Une étude consacrée aux effets du magnésium sur la dépression et l’anxiété. Roger-Luc Chayer présente une recherche portant sur 126 patients souffrant de dépression légère à modérée. Le magazine rapporte une amélioration des symptômes après deux semaines de traitement ainsi que des résultats favorables concernant l’anxiété. L’article souligne toutefois que l’étude ne permet pas encore d’établir les effets à long terme et appelle à des recherches plus vastes. |
| 16 | Assez avec cette « fake news » | Une enquête sur la prétendue disparition des abeilles. Roger-Luc Chayer examine une affirmation très largement diffusée selon laquelle les abeilles auraient officiellement été classées comme espèce en voie de disparition. Il compare cette information avec les données disponibles sur le nombre de colonies aux États-Unis et au Canada et avec les informations de la United States Fish and Wildlife Service. Le dossier devient une réflexion sur la propagation des fausses nouvelles, le manque de vérification journalistique et la responsabilité des médias et des internautes avant de partager une information alarmante. |
| 17 | Victimisation : affaire Smollett | L’affaire Jussie Smollett et les accusations de fausse agression homophobe et raciste. Roger-Luc Chayer revient sur l’agression que l’acteur de Empire avait déclaré avoir subie à Chicago, avant que les enquêteurs affirment qu’il aurait lui-même organisé l’incident. Le dossier avance plusieurs hypothèses concernant les motivations possibles de Smollett : recherche de publicité, volonté de se démarquer dans sa carrière ou stratégie de survictimisation. Le texte s’interroge sur les conséquences d’une fausse agression dans un contexte où les véritables crimes homophobes et racistes demeurent une réalité. |
| 18 | Geoff Molson se sert des symboles LGBT mais ne va pas plus loin que ça! | Critique de la campagne LGBT du Canadien de Montréal et de Geoff Molson. Roger-Luc Chayer revient sur la décision de la LNH de nommer des ambassadeurs LGBT dans chacune de ses équipes et sur le choix d’Andrew Shaw par le Canadien de Montréal. Le dossier souligne le caractère controversé de cette nomination puisque Shaw avait auparavant reçu une amende pour des propos homophobes. Chayer détaille ensuite plusieurs tentatives de communication avec Geoff Molson afin de proposer un dossier journalistique sur l’initiative. L’absence de réponse est interprétée par l’auteur comme un exemple de récupération des symboles LGBT sans véritable dialogue avec la presse spécialisée. |
| 19 | Stress : nouveau traitement | Les recherches du Dr Alain Brunet sur le stress post-traumatique. Le dossier présente les travaux du chercheur montréalais Alain Brunet, notamment l’utilisation du propranolol dans un protocole visant à réduire l’intensité émotionnelle de souvenirs traumatisants. Le médicament, normalement utilisé notamment dans le traitement de l’hypertension, est administré dans le cadre d’un protocole de reconsolidation de la mémoire. Gay Globe présente cette approche comme une avancée importante pour les personnes souffrant de stress post-traumatique ou de souvenirs douloureux associés à des événements marquants. |
| 20 | L’actualité VIH/SIDA en bref | Recherche médicale, prévention et prise en charge du VIH. La page présente une recherche du CRCHUM sur l’utilisation de traitements d’immunothérapie anticancer afin de rendre visibles les réservoirs du VIH persistants malgré la trithérapie. Elle rapporte également les recherches sur la circoncision comme moyen partiel de réduction du risque de transmission hétérosexuelle du VIH et présente le Desert AIDS Project de Palm Springs, qui offre des services de santé et de soutien à une importante communauté de personnes vivant avec le VIH. |
| 21 | La divulgation volontaire / Mon propriétaire peut-il avoir accès à mon logement? | Deux chroniques juridiques d’Aide juridique. La première explique le programme de divulgation volontaire permettant à une personne n’ayant pas respecté certaines obligations fiscales de régulariser sa situation auprès des autorités fiscales, sous réserve de plusieurs conditions. La seconde porte sur les droits des locataires et les circonstances dans lesquelles un propriétaire peut entrer dans un logement. Le texte précise notamment les règles concernant les visites, les travaux, les inspections et les situations d’urgence. |
| 22 | Danger : Opioïdes et Ativan | Les risques mortels de l’association entre opioïdes et benzodiazépines. Le dossier s’intéresse à la crise des opioïdes au Canada et au rôle des médicaments comme l’Ativan, le Valium et le Xanax dans les décès par surdose. Les benzodiazépines et les opioïdes peuvent tous deux ralentir la respiration et leur combinaison augmente considérablement le risque d’intoxication mortelle. Le texte rapporte notamment des données provenant de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de l’Ontario. |
| 23–24 | Nouvelles brèves | Une importante sélection d’informations internationales liées aux droits LGBTQ+ et à la sexualité. La page 23 présente notamment l’enquête de Frédéric Martel sur l’homosexualité au sein des hautes sphères de l’Église catholique dans Sodoma. Elle rapporte également les difficultés judiciaires de l’association tunisienne Shams et rappelle que l’homosexualité demeure criminalisée en Tunisie. Un autre dossier présente les nombreuses espèces animales chez lesquelles des comportements homosexuels ont été observés. Enfin, les nouveaux emojis destinés notamment aux couples homosexuels et aux personnes handicapées sont présentés, avec une attention particulière à l’emoji de la « main qui pince », auquel certains internautes attribuent une signification sexuelle. |
| 24 | Tunisie : il porte plainte pour viol et se retrouve condamné pour homosexualité / Qu’est-ce que le « test anal » exactement? | Un dossier particulièrement préoccupant sur la criminalisation de l’homosexualité et les examens médicaux forcés. Le magazine rapporte le cas d’un Tunisien qui, après avoir porté plainte pour viol, aurait été soumis à un examen anal avant d’être condamné pour homosexualité. Gay Globe explique ensuite, à partir d’un rapport médical obtenu auprès de l’association Shams, comment ce prétendu « test » est pratiqué. Le dossier dénonce une pratique considérée comme scientifiquement sans valeur, attentatoire à la dignité humaine et contraire à l’éthique médicale. |
| 25 | Page blanche | Page de séparation dans l’édition. Aucun contenu rédactionnel identifiable n’est présenté sur cette page. |
| 26 | L’actualité VIH/SIDA en bref | Criminalisation, confidentialité des données et dépistage. La page rapporte les demandes de groupes canadiens visant à mettre fin aux poursuites contre des personnes vivant avec le VIH lorsque la transmission était impossible. Elle présente également la fuite des données personnelles de plus de 14 000 personnes vivant avec le VIH à Singapour, un scandale concernant des produits sanguins potentiellement contaminés en Chine et l’expérimentation d’un nouveau test rapide de dépistage du VIH dans une pharmacie de Regina. |
| 27 | L’actu des stars en bref | Deux actualités consacrées à des personnalités ouvertement homosexuelles. La première présente Robert Biedron, politicien polonais ouvertement gai et fondateur du parti Wiosna, qui entend transformer la politique polonaise et défendre notamment la séparation de l’Église et de l’État. La seconde annonce le coming out de l’acteur et chanteur américain Ben Platt, connu notamment pour Pitch Perfect, à l’occasion de la sortie de son premier album solo. |
| 28–29 | Roman : Le Meilleur des mondes — 6 | Suite du feuilleton d’Aldous Huxley. Le sixième épisode poursuit la visite des étudiants au Centre d’Incubation et de Conditionnement. Le passage décrit le conditionnement psychologique des enfants, l’influence de l’État sur leur pensée et la place de la sexualité dans la société dystopique. Huxley décrit notamment les jeux sexuels des enfants comme une pratique normale et socialement encouragée, alors que les personnages découvrent avec étonnement qu’autrefois ces comportements étaient considérés comme immoraux. La suite est annoncée pour la prochaine édition. |
| 30 | Le courrier des lecteurs | Une rubrique particulièrement riche en réactions et en échanges avec les lecteurs. Un lecteur demande comment obtenir les anciennes éditions du magazine et la rédaction l’oriente vers les archives numériques de Gay Globe ainsi que les Archives nationales. Un autre lecteur dénonce le vol de condoms et de lubrifiants dans un sauna, mais Roger-Luc Chayer répond en considérant que le jeune concerné a peut-être simplement voulu se constituer une réserve de produits de prévention gratuits. La page revient également sur les marquages arc-en-ciel de la rue Sainte-Catherine et sur une réponse du cabinet de la mairesse Valérie Plante. Enfin, une lectrice critique plusieurs couvertures consacrées à des personnalités controversées comme le pape François, Vladimir Poutine, Donald Trump et Elizabeth II. Chayer explique que les couvertures de Gay Globe peuvent mettre en vedette des personnalités ayant eu un impact positif ou négatif sur les communautés LGBTQ+. |
| 31 | Page sans contenu éditorial identifiable | Page de fin d’édition. Aucun article rédactionnel identifiable n’est présenté sur cette page. |
| 32 | Quatrième de couverture | Page extérieure de fin du magazine. La dernière page complète la structure physique du numéro et ne comporte pas de dossier rédactionnel principal. |
Ellen DeGeneres : une couverture qui résume le numéro
Le choix d’Ellen DeGeneres comme personnalité de couverture est particulièrement révélateur du #131.
En 2019, Ellen est devenue l’une des personnalités homosexuelles les plus connues au monde. Mais Roger-Luc Chayer choisit de rappeler que cette situation n’a rien eu d’évident.
Le dossier insiste sur le contraste entre la célébrité et la puissance médiatique d’Ellen en 2019 et la violence de la réaction à son coming out dans les années 1990. Son personnage de télévision avait alors lui-même fait son coming out, provoquant une campagne de boycott menée notamment par certains milieux religieux américains.
La couverture devient donc un hommage à une personnalité qui, selon Gay Globe, a contribué à faire passer l’homosexualité d’une réalité souvent cachée à une réalité visible dans la culture populaire.
Le titre « Elle a fait notre histoire » résume cette lecture historique.
La presse LGBTQ+ revendique sa légitimité
Avec « Les médias gais professionnels », le #131 contient également une véritable déclaration de principe sur la nature même de Gay Globe.
Roger-Luc Chayer conteste l’idée selon laquelle un média spécialisé serait nécessairement moins important qu’un grand média généraliste. Au contraire, il soutient que la spécialisation permet de traiter des sujets que les grands médias n’abordent pas nécessairement avec la même profondeur.
Le texte est particulièrement intéressant parce qu’il décrit déjà le modèle numérique de Gay Globe : édition papier, PDF, site Internet, réseaux sociaux et référencement dans les moteurs de recherche.
Cette conception de la convergence médiatique est importante dans l’histoire du magazine puisqu’elle annonce la transformation progressive de Gay Globe en média numérique beaucoup plus vaste que son édition papier.
L’itinérance : le Village gai déjà au centre des préoccupations
Le dossier « L’itinérance au compte-gouttes » est également intéressant avec le recul.
En 2019, Gay Globe décrit déjà une présence importante de personnes itinérantes dans le Village gai et critique les réponses essentiellement temporaires apportées par les pouvoirs publics.
Roger-Luc Chayer oppose les refuges de dépannage à une approche qui permettrait réellement aux personnes itinérantes de retrouver une stabilité.
Ce texte constitue donc une photographie du Village gai à la fin des années 2010, à une époque où plusieurs des problèmes qui allaient devenir encore plus visibles dans les années suivantes étaient déjà identifiés par le magazine.
Le militantisme communautaire remis en question
Jean-Sébastien Bourré signe avec « Changer le militantisme » un texte beaucoup plus critique envers le mouvement communautaire LGBTQ+ lui-même.
Le dossier ne remet pas en question la nécessité de défendre les droits LGBTQ+, mais plutôt la façon dont certaines organisations poursuivent leurs objectifs.
La concurrence pour les subventions, les divisions entre organismes, les querelles internes et la tendance à présenter constamment les communautés comme victimes sont dénoncées.
L’auteur propose plutôt la collaboration, le partenariat et la reconnaissance des initiatives extérieures aux structures traditionnelles.
C’est l’un des textes les plus directement tournés vers l’avenir du mouvement LGBTQ+ dans cette édition.
La PrEP : l’envers du succès
Le dossier sur la contrebande de PrEP témoigne d’un changement important dans la prévention du VIH.
La PrEP est devenue suffisamment connue pour que certaines personnes cherchent désormais à se procurer le médicament en dehors du système médical.
Mais Gay Globe met en garde contre un phénomène particulièrement dangereux : les médicaments provenant du marché noir peuvent être faux, mal dosés ou utilisés selon des protocoles inadéquats.
Le magazine insiste donc sur un paradoxe : un outil médical extrêmement efficace peut devenir dangereux lorsqu’il est détaché de son encadrement médical.
Le VIH demeure au cœur du magazine
Le #131 confirme également que le VIH/SIDA reste l’une des grandes constantes éditoriales de Gay Globe.
Les pages 20 et 26 sont entièrement consacrées à l’actualité VIH/SIDA, tandis que la PrEP, les opioïdes et plusieurs autres dossiers touchent indirectement à la santé sexuelle et aux populations LGBTQ+.
Le numéro aborde simultanément la recherche sur les réservoirs du VIH, la circoncision, la criminalisation des personnes séropositives, la fuite de données médicales à Singapour et les nouvelles méthodes de dépistage.
Cette diversité montre que la couverture du VIH ne se limite plus à la maladie elle-même : elle englobe désormais la prévention, la recherche, les droits, la confidentialité et l’accès aux soins.
La religion et l’homosexualité : un autre grand thème du #131
Plusieurs dossiers du numéro abordent directement ou indirectement la question religieuse.
« Ces prêtres intouchables » critique le fonctionnement du droit canonique catholique.
Les nouvelles concernant Frédéric Martel et Sodoma s’intéressent à l’homosexualité au sein des hautes sphères du Vatican.
La situation de la Tunisie montre quant à elle comment l’argument religieux peut être invoqué dans le maintien de lois criminalisant l’homosexualité.
Le numéro crée donc un contraste entre la visibilité croissante des personnes LGBTQ+ dans les sociétés occidentales et la persistance de structures religieuses ou politiques qui continuent de condamner l’homosexualité.
Léonard de Vinci : l’histoire LGBTQ+ à travers les siècles
La chronique « Ces grands homos du passé » poursuit ici son travail de réinterprétation de personnages historiques.
Léonard de Vinci constitue un cas particulièrement important : sa contribution à l’art et à la science est universellement reconnue, mais sa vie intime demeure beaucoup plus mystérieuse.
Gay Globe s’intéresse notamment à ses relations avec Salai et Francesco Melzi, ainsi qu’aux interprétations historiques de sa sexualité.
La chronique participe ainsi à un objectif récurrent du magazine : chercher des figures LGBTQ+ ou potentiellement LGBTQ+ dans l’histoire afin de montrer que l’homosexualité n’est pas un phénomène contemporain.
La désinformation devient un sujet journalistique
Le dossier « Assez avec cette fake news » est particulièrement révélateur de l’époque.
Roger-Luc Chayer s’attaque à une affirmation virale selon laquelle les abeilles auraient officiellement été déclarées en voie de disparition.
Il décrit son processus de vérification : rechercher l’origine de la nouvelle, consulter les données statistiques et vérifier directement les informations auprès des organismes gouvernementaux concernés.
Le dossier est donc autant consacré aux abeilles qu’à la méthode journalistique.
Il correspond parfaitement à l’une des préoccupations fondamentales du magazine : vérifier les informations plutôt que simplement reproduire ce qui circule sur Internet.
Jussie Smollett et la question de la victimisation
L’affaire Jussie Smollett permet au magazine de s’interroger sur les conséquences d’une fausse agression présentée comme homophobe et raciste.
Le sujet est particulièrement délicat parce que Smollett est lui-même une personnalité ouvertement homosexuelle et un militant des droits LGBTQ+.
Gay Globe considère que l’affaire risque de nuire à la crédibilité des véritables victimes en donnant des arguments à ceux qui cherchent à minimiser les crimes homophobes.
Le dossier s’inscrit ainsi dans une préoccupation plus large du numéro : comment préserver la crédibilité des causes LGBTQ+ lorsque certaines informations sont fausses, exagérées ou manipulées?
Geoff Molson et le « pinkwashing »
Le dossier consacré au propriétaire du Canadien de Montréal est probablement l’un des textes les plus combatifs du numéro.
Gay Globe ne critique pas le principe de l’engagement de la LNH contre l’homophobie. C’est plutôt l’écart entre les symboles affichés et la volonté réelle de dialoguer avec la communauté qui est remis en question.
Le choix d’Andrew Shaw comme ambassadeur LGBT est particulièrement problématique aux yeux de Roger-Luc Chayer compte tenu de ses antécédents.
Le refus de répondre aux demandes répétées de Gay Globe est ensuite présenté comme un manque de considération envers la presse LGBTQ+.
Le dossier annonce ainsi une question qui deviendra de plus en plus présente dans les débats LGBTQ+ : une entreprise ou une institution peut-elle afficher les couleurs de la communauté sans véritable engagement derrière le symbole?
Un numéro où la santé dépasse largement le VIH
Le #131 consacre également plusieurs pages à des sujets médicaux non directement liés au VIH.
Le magnésium et la dépression, le propranolol et le stress post-traumatique, ainsi que les dangers de l’association entre opioïdes et benzodiazépines montrent que Gay Globe veut alors couvrir l’ensemble des questions de santé susceptibles d’intéresser son lectorat.
Le dossier sur le stress est particulièrement intéressant puisqu’il présente les travaux du chercheur montréalais Alain Brunet et une approche expérimentale fondée sur la reconsolidation des souvenirs traumatiques.
La Tunisie : un dossier particulièrement dur sur la criminalisation
Les pages 23 et 24 consacrent une place importante à la situation tunisienne.
Le cas d’un homme ayant porté plainte pour viol avant d’être lui-même condamné pour homosexualité illustre de manière particulièrement brutale les conséquences de la criminalisation.
Le dossier sur le « test anal » va encore plus loin en décrivant une pratique médicale forcée visant prétendument à démontrer qu’un homme aurait eu des relations homosexuelles.
Gay Globe souligne l’absence de valeur scientifique de cette pratique et la présente comme une atteinte grave à la dignité et aux droits fondamentaux.
Le passage de gayglobe.us à gayglobe.net
L’une des informations les plus importantes pour l’histoire du média apparaît presque discrètement dans les nouvelles de la page 13.
Gay Globe abandonne son domaine .US et adopte définitivement gayglobe.net.
Le magazine explique que le domaine américain avait été choisi en 2002 afin de contourner certaines restrictions canadiennes qui rendaient à l’époque plus difficile la diffusion de contenus homosexuels et de publicité destinée aux communautés gaies.
En 2019, ces raisons historiques n’ont plus la même pertinence.
Le changement de domaine marque donc une nouvelle étape dans la transformation numérique de Gay Globe et constitue aujourd’hui un élément particulièrement intéressant pour comprendre l’histoire technique et éditoriale du média.
Le Meilleur des mondes : la littérature comme miroir social
Le sixième épisode du roman d’Aldous Huxley poursuit la publication feuilletonnée commencée dans les éditions précédentes.
Les passages publiés dans le #131 sont particulièrement intéressants pour Gay Globe puisqu’ils décrivent une société dans laquelle la sexualité des enfants est encouragée, tandis que la famille traditionnelle et les anciennes normes morales sont devenues incompréhensibles.
Le roman permet ainsi de réfléchir à des thèmes qui traversent également les autres articles du numéro : sexualité, normes sociales, conditionnement, liberté individuelle et évolution des mœurs.
Un courrier des lecteurs révélateur de l’époque
La page 30 est particulièrement précieuse pour comprendre la relation entre Gay Globe et son lectorat.
Un lecteur cherche les anciennes éditions du magazine, ce qui permet à Roger-Luc Chayer de rappeler l’existence des archives numériques et des Archives nationales.
Un autre lecteur dénonce un vol de condoms et de lubrifiants dans un sauna. La réponse de l’éditeur est étonnamment favorable au jeune concerné : puisque ces produits sont distribués gratuitement à des fins de prévention, Chayer considère qu’il vaut mieux voir son geste comme une tentative de se protéger que comme un simple vol.
La page contient également un échange avec l’arrondissement Ville-Marie au sujet des marquages arc-en-ciel dans le Village gai et une réaction critique aux anciennes couvertures du magazine.
Cette dernière réponse précise une règle éditoriale importante : les couvertures de Gay Globe ne constituent pas nécessairement des hommages. Elles peuvent être consacrées à des personnalités ayant eu un impact positif ou négatif sur les communautés LGBTQ+.
Un numéro particulièrement représentatif de Gay Globe en 2019
Le #131 constitue finalement une photographie éditoriale particulièrement complète de Gay Globe à la fin des années 2010.
On y retrouve presque toutes les grandes composantes de la publication : actualité LGBTQ+, santé sexuelle, VIH/SIDA, histoire, politique, religion, militantisme, Village gai, journalisme, culture populaire, cuisine, droit, littérature et actualité internationale.
Mais plusieurs éléments donnent aujourd’hui à cette édition une valeur documentaire supplémentaire.
Le magazine observe déjà les transformations du Village gai, s’interroge sur l’avenir du militantisme, défend la légitimité de la presse LGBTQ+, documente les débats sur la PrEP et les ITS, critique l’utilisation commerciale des symboles LGBT et suit les premières transformations profondes de l’information à l’ère des réseaux sociaux.
Le changement de gayglobe.us vers gayglobe.net constitue également un marqueur important : le média entre alors dans une nouvelle phase de son développement numérique.
Enfin, le numéro porte une attention constante à la mémoire. Ellen DeGeneres, Léonard de Vinci, les archives du magazine et Le Meilleur des mondes se retrouvent ainsi dans une même édition, donnant au #131 une dimension qui dépasse largement l’actualité immédiate.
Le #131 est donc à la fois un magazine d’actualité LGBTQ+, un document sur le Montréal gai de 2019 et une pièce des archives historiques de Gay Globe.
