
MAGAZINE GAY GLOBE — ÉDITION #95
Céline Dion, 10 ans avec Gay Globe — le Village, la santé et les grands combats de 2014
Édition #95 — 2014 — 32 pages
Le Magazine Gay Globe #95 constitue un numéro particulièrement intéressant dans l’histoire de la publication puisqu’il marque le début d’une nouvelle année éditoriale avec une transformation importante de la présentation graphique du magazine et une nouvelle philosophie concernant ses couvertures.
La couverture met en vedette Céline Dion, avec la mention « 10 ans avec Gay Globe », et annonce plusieurs des principaux dossiers du numéro : Yves Navarre, vingt ans après sa mort, les agressions dans le Village, l’alerte santé consacrée à l’hépatite C, l’âgisme chez les hommes gais et plusieurs nouvelles internationales et médicales.
Le numéro est également important parce que l’éditorial de Roger-Luc Chayer annonce une évolution majeure du magazine pour 2014. Les images sont désormais recadrées avec des coins arrondis et, surtout, les versions PDF recommencent à intégrer des liens hypertextes, permettant aux lecteurs de passer directement du magazine à des contenus complémentaires sur Internet.
Chayer annonce aussi une nouvelle politique de couverture particulièrement audacieuse : plutôt que de présenter systématiquement de beaux garçons ou des personnalités artistiques appréciées de la communauté gaie, Gay Globe entend désormais réserver ses couvertures aux « décideurs » et aux « influenceurs », afin de montrer leurs réalisations, leurs positions ou, au contraire, les décisions qui affectent négativement la communauté.
Cette philosophie explique notamment la présence de Céline Dion sur cette édition. Le numéro rappelle également sa collaboration avec Gay Globe dans le cadre de campagnes de prévention du VIH auprès des hommes gais, collaboration qui remonte à 2003.
Le #95 est donc à la fois un numéro de transition graphique, un numéro consacré à plusieurs enjeux majeurs du Village gai de Montréal et un important document sur l’évolution de la prévention du VIH et des autres problèmes de santé touchant les hommes gais au début des années 2010.
Table des matières détaillée
| Page | Titre | Sujet traité |
|---|---|---|
| 3 | Éditorial — Une nouvelle année, un nouveau Gay Globe | Roger-Luc Chayer présente les changements prévus pour 2014. Le magazine adopte une nouvelle présentation visuelle, avec des images aux coins arrondis, et réintroduit les liens hypertextes dans les PDF. L’éditorial annonce également une nouvelle philosophie des couvertures, désormais consacrées aux décideurs et influenceurs susceptibles d’avoir un impact positif ou négatif sur la communauté gaie. |
| 4 | Potage ch’ti à la bière | Recette de Franck Hénot proposant un potage préparé avec des légumes, du bouillon de poulet et une bière blonde de microbrasserie. Le potage est accompagné de gouda, de croûtons, de jambon, de crème fraîche et de persil. |
| 5 | Agressions au Village — Qui aura le dernier mot sur la violence? | Roger-Luc Chayer analyse la multiplication des agressions et des actes d’intimidation dans le Village gai de Montréal. Le dossier présente le Collectif Carré Rose Montréal, qui souhaite agir concrètement contre la violence, encourager les victimes à porter plainte et accompagner celles-ci auprès du SPVM. |
| 6 | Dernier voyage — La fin de l’enfer en prison pour Stéphane G. | Dernier épisode de la chronique de Stéphane G., détenu aux États-Unis. Il raconte son passage dans une prison de transit avant son rapatriement, les vols, la violence, les règles informelles entre détenus et la difficulté de rester en sécurité dans cet environnement. La rédaction annonce une future entrevue où Stéphane révélera son identité et racontera son parcours. |
| 7-8 | Ces grands homos — Jacques VI d’Écosse et Jacques Ier d’Angleterre | Portrait historique du roi Jacques Stuart, présenté dans la série consacrée aux grandes figures homosexuelles ou bisexuelles ayant marqué l’histoire. Le dossier revient sur son règne en Écosse, puis en Angleterre et en Irlande, son mariage avec Anne de Danemark et surtout ses relations très étroites avec plusieurs courtisans masculins, dont Esmé Stuart, Robert Carr et George Villiers. |
| 9 | Publicité et partenaires du magazine | Page consacrée à plusieurs annonceurs de Gay Globe, notamment la Promenade Masson, un service de crémation et une pharmacie de Rosemont. Elle témoigne du réseau commercial associé au magazine et de son implantation dans différents quartiers montréalais. |
| 10 | Alerte santé — Chlamydia et herpès : remontée spectaculaire chez les pré-ados | Dossier sur l’augmentation des infections transmissibles sexuellement chez les adolescents au Royaume-Uni. Le magazine rapporte notamment plus de 5 000 consultations chez des jeunes de moins de 15 ans et insiste sur la progression de la chlamydia, de l’herpès génital, de la gonorrhée et des condylomes. Un encadré présente également l’évolution du discours du pape François concernant les enfants de couples homosexuels. |
| 11 | Gay Globe Média — Depuis huit ans, premier média gai au Québec | Roger-Luc Chayer présente le positionnement de Gay Globe dans le marché médiatique LGBT québécois. Le texte s’appuie sur des données de classement alors attribuées à Alexa et Website Traffic pour comparer Gay Globe à Fugues et affirme que le site occupait la première place dans son secteur au Québec. |
| 12 | Chronique auto — Les constructeurs automobiles foncent | Présentation des nouvelles technologies automobiles qui transforment progressivement les véhicules : caméras, radars, détection des angles morts, systèmes de maintien dans la voie, stationnement automatisé et véhicules électriques. Le dossier annonce également l’accélération attendue de ces innovations avec l’arrivée d’Apple et de Google dans l’univers automobile. |
| 13 | Piri Piri Plateau — C’est reparti! / Denis Coderre — Le Maire « pop »! | Deux sujets distincts. Le premier annonce la réouverture du restaurant Piri Piri du Plateau après d’importantes rénovations. Le second rapporte la présence du maire Denis Coderre à une marche du Collectif Carré Rose Montréal contre la violence et l’homophobie dans le Village, avec plus de 600 participants. Coderre y annonce de nouvelles mesures de sécurité. |
| 14 | Fini l’hépatite C? — Un traitement guérit 98 % des patients | Présentation d’un essai clinique portant sur une combinaison de daclatasvir et sofosbuvir. Le dossier rapporte un taux de guérison de 98 % chez les patients étudiés et explique que ces nouvelles thérapies pourraient considérablement simplifier le traitement de l’hépatite C, notamment en supprimant progressivement les traitements lourds à base d’injections. |
| 15 | Disques à Tempo — Publicité | Publicité pour un service d’enregistrement et de captation vidéo de concerts. L’annonce met de l’avant une expérience de 20 ans, des productions destinées notamment à la musique classique ou acoustique et un service offert dans la région métropolitaine de Montréal. |
| 16 | Le Village — Une photo vaut mille mots | Nouvelle chronique photographique consacrée à l’évolution du Village gai. Les images montrent notamment le Complexe Sky, le Parc de l’Espoir, des signes de vandalisme, le secteur Amherst/Sainte-Catherine, le nouveau secteur Saint-Hubert et la façade du Sauna G.I. Joe. Le magazine propose de documenter visuellement les transformations du quartier. |
| 17-18 | Les « gros mots » — L’âgisme chez les jeunes hommes gais | Commentaire de Roger-Luc Chayer sur la discrimination fondée sur l’âge dans les réseaux sociaux et les sites de rencontres gais. À partir de plaintes reçues concernant notamment Gay411 et Priape, il dénonce les profils excluant systématiquement les hommes plus âgés. Chayer rappelle les combats menés par les générations précédentes pour obtenir les droits dont bénéficient les jeunes hommes gais en 2014. |
| 19 | Découverte — La lipodystrophie ne vient pas de la thérapie! | Dossier scientifique consacré à la lipodystrophie chez les personnes vivant avec le VIH. Une étude menée à Houston suggère que la protéine virale Vpr pourrait contribuer aux modifications du métabolisme des graisses. La présence de cette protéine chez des personnes dont la charge virale est devenue indétectable soulève l’hypothèse d’une activité persistante des réservoirs viraux. |
| 20 | Vie de stars — Ces vedettes qui sortent du placard | Première partie d’une chronique consacrée aux personnalités célèbres ayant fait leur coming out. Le dossier présente notamment Richard Chamberlain, dont la carrière télévisuelle comprend Dr. Kildare, Shogun et Les oiseaux se cachent pour mourir, ainsi que Raymond Burr, vedette de Perry Mason et de L’Homme de fer. Le texte évoque également la relation de longue durée de Burr avec Robert Benevides. |
| 21-23 | Yves Navarre — 20 ans plus tard… | Important portrait de l’écrivain français Yves Navarre, prix Goncourt 1980 et figure majeure de la littérature homosexuelle française. Pierre Salducci revient sur sa carrière, son succès considérable dans les années 1970-1980, son écriture ouvertement homosexuelle, son AVC, son installation à Montréal en 1989 et les dernières années de sa vie marquées par la dépression et l’isolement. |
| 22 | Poutine mélange tout — Homosexualité ou culture gaie? | Roger-Luc Chayer critique la politique de Vladimir Poutine et sa loi contre la « promotion des relations sexuelles non traditionnelles ». L’article soutient que le gouvernement russe confond homosexualité, sexualité et culture gaie. Chayer donne notamment comme exemples la musique, la littérature, le théâtre et le cinéma et rappelle que la création artistique d’une personne homosexuelle ne constitue pas en elle-même une expression sexuelle. |
| 24 | Innée ou acquise? — Le débat d’un autre temps sur l’orientation… | Roger-Luc Chayer reprend le débat scientifique sur l’origine de l’orientation sexuelle et rejette l’idée que l’homosexualité serait simplement un choix. Le texte insiste sur les conséquences sociales et psychologiques de la croyance selon laquelle une personne pourrait choisir son orientation, notamment pour les jeunes confrontés au rejet et à l’homophobie. |
| 25 | Auto-test VIH — Attention aux versions Web! | Mise en garde contre des autotests VIH vendus sur Internet et considérés à l’époque comme non conformes aux réglementations française et européenne. Le dossier explique que des tests réglementés sont alors en cours d’évaluation. La page contient également une courte section historique sur deux patineurs artistiques olympiques morts du SIDA, Ondrej Nepela et John Curry, ainsi qu’une mention du Canadien Rob McCall. |
| 26 | Brèves en santé — Toute la santé pour hommes | Compilation de nouvelles médicales : augmentation de l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH grâce aux traitements, différences de réponse immunitaire au vaccin selon le sexe, effets de la testostérone sur certains mécanismes immunitaires, risques associés au bisphénol A et accélération du déclin cognitif chez les hommes consommant beaucoup d’alcool. |
| 27-28 | Julien — Toi qui préfères les hommes — épisode 17 | Suite du récit de Caroline Gréco consacré à Julien et à l’acceptation progressive de son homosexualité par sa famille. Le texte explore les réactions émotionnelles des parents, les difficultés du coming out, la peur du rejet et le long processus permettant à une mère de reconnaître que son fils peut aimer un homme sans être malade ou criminel. |
| 29 | Courrier des lecteurs | Les lecteurs écrivent notamment à propos de la programmation de Gay Globe Télévision et de questions liées au financement d’un organisme communautaire LGBT de Laval. La rédaction répond aux demandes concernant les subventions et les possibilités d’obtenir une aide financière auprès de différents paliers gouvernementaux. |
| 30 | Courrier et échanges avec les lecteurs | Poursuite de la rubrique consacrée aux communications avec le public. La page permet également de comprendre l’importance accordée par Gay Globe aux réactions des lecteurs concernant ses chroniques, notamment celles sur la prison, la santé et les autres sujets controversés. |
| 31 | Campagne de prévention 2014 — Céline Dion et René Angélil | Page spéciale remerciant Céline Dion et René Angélil pour leur participation active aux campagnes de prévention du VIH menées avec Gay Globe depuis 2003. Le slogan mis de l’avant est « Pour avoir le plaisir d’aimer, sans mourir d’aimer ». Le magazine rappelle que cette collaboration concerne notamment la publication de matériel de santé lié au VIH-SIDA. |
| 32 | Pizza 2 pour 1 — Publicité | Quatrième de couverture publicitaire consacrée à un service de livraison de pizza 2 pour 1. La publicité présente le numéro de téléphone unique ainsi que plusieurs adresses de succursales dans la région montréalaise et lavalloise. |
Les grands dossiers de cette édition
Céline Dion : dix ans de collaboration avec Gay Globe
La présence de Céline Dion en couverture n’est pas simplement un choix esthétique.
Le numéro rappelle que la chanteuse et René Angélil collaborent avec Gay Globe depuis 2003, notamment dans le cadre d’initiatives de prévention du VIH auprès des hommes gais.
Cette collaboration est suffisamment importante pour que le magazine lui consacre également sa dernière page éditoriale avant la quatrième de couverture.
La campagne de 2014 porte un message particulièrement fort :
« Pour avoir le plaisir d’aimer, sans mourir d’aimer »
La page 31 remercie explicitement Céline Dion et René Angélil pour leur participation active à cette campagne.
Ce détail est important dans l’histoire du magazine : Gay Globe ne présente pas Céline Dion uniquement comme une vedette populaire appréciée par son lectorat. Elle est présentée comme une partenaire de longue date d’une campagne de santé publique destinée aux hommes gais.
L’éditorial précise d’ailleurs que cette relation explique en partie le choix de la couverture.
Une nouvelle philosophie des couvertures
L’éditorial de Roger-Luc Chayer est particulièrement important pour comprendre l’évolution de Gay Globe en 2014.
Le magazine annonce qu’il ne veut plus nécessairement présenter en couverture des personnalités artistiques ou des modèles masculins.
À partir de 2014, les couvertures doivent plutôt être consacrées aux « décideurs » et aux « influenceurs ».
L’objectif est double.
D’une part, Gay Globe souhaite faire connaître les personnes qui posent des gestes positifs envers la communauté.
D’autre part, le magazine veut pouvoir mettre en lumière ceux qui prennent des décisions susceptibles de nuire aux droits ou à la sécurité des personnes LGBT.
Cette orientation explique une partie importante de l’histoire visuelle de Gay Globe au cours des années suivantes.
La couverture devient ainsi un outil éditorial et politique, plutôt qu’une simple vitrine promotionnelle.
Les agressions dans le Village gai
Le dossier de la page 5 est l’un des plus importants du numéro.
Roger-Luc Chayer décrit une multiplication des agressions contre des hommes gais dans le Village de Montréal.
Le magazine insiste sur le fait que les problèmes ne se limitent pas aux agressions physiques.
Il évoque également l’intimidation et différentes formes de violence dans l’espace public.
Face à cette situation, le Collectif Carré Rose Montréal apparaît comme une initiative citoyenne destinée à reprendre le contrôle du quartier.
Une des difficultés identifiées est particulièrement importante : certaines victimes ne portent pas plainte.
Le commandant Vincent Richer du SPVM est cité à ce sujet.
Le magazine explique également que le SPVM dispose alors d’un service permettant de déposer une plainte en ligne, ce qui peut faciliter la démarche des victimes qui hésitent à se présenter directement dans un poste de police.
Le Collectif propose parallèlement d’accompagner les victimes.
Gay Globe présente cette initiative comme un mouvement bénévole visant à produire des résultats concrets plutôt qu’à demander uniquement des ressources institutionnelles.
Denis Coderre intervient dans le dossier
Le dossier sur la violence trouve un prolongement direct à la page 13.
Le maire de Montréal, Denis Coderre, participe le 14 février à une marche organisée par le Collectif Carré Rose Montréal.
Plus de 600 personnes se réunissent alors chez Mado avant de marcher sur la rue Sainte-Catherine Est jusqu’à Papineau.
Coderre annonce de nouvelles mesures destinées à renforcer la sécurité du Village et souligne le travail des policiers du poste 22 et du commandant Vincent Richer.
Le numéro constitue donc un document particulièrement intéressant sur les relations entre Gay Globe, le Collectif Carré Rose, la police de Montréal et l’administration municipale autour de la question de la sécurité du Village.
Le Village comme document photographique
La page 16 inaugure une nouvelle chronique intitulée « Une photo vaut mille mots ».
Le principe est simple : plutôt que de produire uniquement une analyse écrite de la transformation du Village, Gay Globe entend en montrer les traces visuellement.
Les photographies présentent notamment :
le Complexe Sky,
le Parc de l’Espoir,
le vandalisme dans le secteur Amherst/Sainte-Catherine,
le nouveau secteur Saint-Hubert,
et la façade du Sauna G.I. Joe.
Cette approche photographique devient ainsi une forme de documentation historique du quartier.
L’âgisme chez les hommes gais
Le dossier des pages 17 et 18 est l’un des commentaires éditoriaux les plus personnels de Roger-Luc Chayer.
Il part de plaintes reçues concernant des sites de rencontres comme Gay411 et Priape.
Chayer dit avoir constaté des profils excluant explicitement les hommes âgés.
Son argument dépasse toutefois la question des sites de rencontres.
Il affirme que les jeunes hommes gais bénéficient aujourd’hui de libertés obtenues grâce aux combats menés par les générations précédentes.
Il rappelle notamment les luttes concernant :
la déclassification de l’homosexualité comme maladie mentale,
la reconnaissance de l’orientation sexuelle dans les droits fondamentaux,
les droits des conjoints de même sexe,
l’union civile,
et finalement le mariage entre personnes de même sexe.
Le texte défend donc une idée centrale : une communauté qui bénéficie des droits conquis par ses prédécesseurs devrait également leur accorder une certaine reconnaissance.
L’hépatite C : une révolution thérapeutique
La page 14 est consacrée à une nouvelle qui paraît alors extraordinaire : un traitement expérimental contre l’hépatite C atteindrait 98 % de guérison chez les patients étudiés.
Le traitement combine le daclatasvir et le sofosbuvir.
Le dossier explique que l’hépatite C chronique peut entraîner la cirrhose et le cancer du foie et que les traitements conventionnels étaient alors beaucoup plus lourds.
Le nouveau traitement représente donc un changement majeur : le nombre de médicaments pourrait être fortement réduit et les injections disparaître progressivement.
Avec le recul, cette page est particulièrement intéressante parce qu’elle documente une période où les nouveaux antiviraux à action directe transformaient radicalement le traitement de l’hépatite C.
Le VIH et la lipodystrophie
La page 19 s’intéresse à une question qui préoccupait fortement les personnes vivant avec le VIH à l’époque : la lipodystrophie.
Les transformations de la répartition des graisses corporelles étaient souvent attribuées aux traitements antirétroviraux.
Le dossier rapporte cependant une étude qui suggère que le problème pourrait également être directement lié au VIH lui-même, notamment à travers la protéine Vpr.
La protéine aurait été détectée chez une très grande proportion des personnes étudiées, y compris chez des patients dont la charge virale était devenue indétectable grâce aux traitements.
L’article souligne donc indirectement un problème fondamental de la recherche sur le VIH : même lorsque le virus devient indétectable dans le sang, des réservoirs viraux peuvent subsister dans l’organisme.
Yves Navarre : vingt ans après sa mort
Le dossier consacré à Yves Navarre constitue l’un des textes les plus importants du numéro.
Le romancier français avait été une véritable célébrité littéraire et médiatique dans les années 1970 et 1980.
Gay Globe insiste sur le contraste entre cette célébrité et l’oubli relatif dans lequel son œuvre semble être tombée.
Navarre avait publié son premier roman, Lady Black, chez Flammarion en 1971.
Il avait déjà écrit de nombreux textes auparavant et abandonné son métier dans la publicité afin de se consacrer entièrement à la littérature.
Il écrira ensuite de nombreux romans, mais aussi des pièces de théâtre, des poèmes, des chansons et des livres pour enfants.
Son œuvre aborde ouvertement l’homosexualité à une époque où le sujet demeure très controversé.
L’AVC et le déclin
Le parcours de Navarre connaît toutefois un tournant dramatique.
À seulement 43 ans, il est victime d’un accident vasculaire cérébral.
Il doit réapprendre à vivre et à travailler.
Le dossier décrit un homme qui se sent progressivement éloigné de la célébrité et des mondanités qui avaient marqué sa jeunesse.
La solitude et la dépression deviennent de plus en plus présentes.
Navarre quitte finalement Paris et choisit de s’installer à Montréal en août 1989.
Le texte décrit alors Montréal comme une tentative de recommencement.
Il retrouve certains admirateurs québécois et connaît pendant quelque temps un nouvel élan.
Mais cette nouvelle vie ne suffira finalement pas à inverser son déclin psychologique.
La fin de sa vie
Navarre reçoit en 1992 le prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.
Mais son état psychologique continue de se détériorer.
Il s’isole progressivement et finit par vivre dans une profonde solitude.
Le dossier rappelle qu’il meurt en 1993, après plusieurs années difficiles.
Gay Globe insiste néanmoins sur l’importance historique de son œuvre.
Pour le magazine, Navarre demeure une figure qui a contribué à donner une voix littéraire à l’homosexualité dans une France encore très conservatrice.
Poutine : la confusion entre homosexualité et culture gaie
La page 22 est consacrée à une critique directe de Vladimir Poutine.
Le titre résume la thèse de Roger-Luc Chayer :
« Poutine mélange tout »
Chayer soutient que la législation russe contre la « promotion des relations sexuelles non traditionnelles » confond deux réalités différentes : l’orientation sexuelle et la culture gaie.
Il prend notamment comme exemple les productions artistiques réalisées par des personnes homosexuelles.
Si un réalisateur gai produit un film, explique-t-il en substance, son œuvre ne devient pas automatiquement une manifestation sexuelle.
Il cite Xavier Dolan comme exemple d’artiste ouvertement gai dont le travail relève d’abord du cinéma et de la culture.
L’article défend donc une conception large de la culture LGBT, qu’il distingue clairement de la sexualité.
L’orientation sexuelle : innée ou acquise?
La page 24 poursuit la réflexion avec un autre texte de Roger-Luc Chayer.
Le dossier commence avec une citation d’Anderson Cooper, journaliste ouvertement homosexuel de CNN.
Le magazine considère que le débat sur le caractère choisi ou non de l’homosexualité devrait être largement dépassé.
Chayer insiste sur le fait qu’une personne ne choisit pas son orientation sexuelle comme elle choisirait une préférence quelconque.
Il rejette donc l’argument selon lequel l’homosexualité serait simplement une décision individuelle.
L’un des arguments les plus importants du texte concerne les jeunes.
Selon le dossier, lorsqu’on fait croire à un jeune homosexuel qu’il pourrait simplement « choisir » d’être hétérosexuel, on augmente son sentiment de culpabilité et de rejet.
Le magazine relie donc directement la reconnaissance de l’orientation sexuelle à la prévention de l’homophobie et du suicide chez les jeunes.
Les vedettes qui sortent du placard
La page 20 inaugure également une nouvelle chronique consacrée aux personnalités célèbres ayant fait leur coming out.
Le premier portrait est celui de Richard Chamberlain.
Sa carrière comprend notamment Dr. Kildare, Shogun et Les oiseaux se cachent pour mourir.
Le magazine rappelle que Chamberlain a révélé sa bisexualité publiquement à l’âge de 69 ans.
Le second portrait est consacré à Raymond Burr, célèbre pour Perry Mason et L’Homme de fer.
Gay Globe souligne qu’il a vécu pendant 35 ans avec Robert Benevides, son compagnon et collègue.
La chronique s’inscrit dans une volonté plus générale du magazine : fournir aux jeunes lecteurs des modèles historiques et médiatiques LGBT positifs.
Les auto-tests VIH vendus sur Internet
La page 25 montre que l’arrivée des tests rapides à domicile suscitait déjà de nombreuses interrogations.
Le magazine relaie une mise en garde des autorités françaises contre certains autotests VIH vendus sur Internet.
Le problème n’est pas présenté comme étant le principe de l’autotest lui-même, mais plutôt l’absence de garantie concernant certains produits vendus en ligne.
Le dossier annonce que des tests conformes aux normes réglementaires sont alors en cours d’évaluation.
La page établit également un lien avec l’histoire du VIH dans le sport en rappelant les décès de plusieurs patineurs artistiques de haut niveau.
La santé des hommes en quelques nouvelles
La page 26 regroupe plusieurs informations médicales.
La première porte sur l’amélioration spectaculaire de l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH grâce aux traitements.
Le magazine rapporte alors une augmentation de 15 années d’espérance de vie entre 2000 et 2007 pour les patients nord-américains étudiés.
D’autres informations concernent la réponse immunitaire à la vaccination, la testostérone, le bisphénol A et les effets de la consommation excessive d’alcool sur les capacités cognitives.
Cette page illustre parfaitement la formule éditoriale de Gay Globe : combiner VIH, santé sexuelle, santé masculine et actualité scientifique dans un même numéro.
Julien : l’acceptation d’un fils homosexuel
Les pages 27 et 28 poursuivent la publication de « Julien, toi qui préfères les hommes », de Caroline Gréco.
Le récit explore surtout la psychologie de la mère de Julien.
Elle affirme progressivement reconnaître que son fils peut aimer un homme sans être malade, criminel ou condamné à une vie malheureuse.
Mais le texte montre également que l’acceptation intellectuelle ne signifie pas automatiquement l’absence de réactions émotionnelles.
Une scène particulièrement révélatrice montre la mère regardant à la télévision deux femmes chanter leur homosexualité et ressentant encore de la répulsion.
Elle réalise alors que ses propres déclarations d’acceptation ne sont pas encore totalement intégrées.
Le texte devient ainsi une réflexion sur le long processus d’acceptation familiale de l’homosexualité.
Gay Globe comme média commercial et communautaire
Le numéro contient également plusieurs pages publicitaires qui permettent de comprendre le fonctionnement économique de Gay Globe en 2014.
On y trouve notamment des entreprises de restauration, des pharmacies, des services funéraires, des commerces locaux, des services audiovisuels et des entreprises liées au Village.
La page 11 présente également les chiffres de positionnement revendiqués par Gay Globe Média.
Le magazine affirme alors être le premier média gai au Québec selon des données de classement Internet et compare directement ses résultats à ceux de Fugues.
Il affirme notamment une valeur quotidienne supérieure par visiteur et un meilleur positionnement global.
Ce type de page est important pour l’histoire du média puisqu’il montre que Gay Globe ne se définissait pas seulement comme une publication militante ou communautaire : il se présentait également comme un média commercial capable d’offrir aux annonceurs une audience mesurable et importante.
Un numéro qui documente le Montréal de 2014
Le #95 est également précieux comme document historique sur Montréal.
Le Village y apparaît à travers plusieurs réalités simultanées :
la violence,
les agressions homophobes,
les interventions policières,
l’action municipale,
la mobilisation citoyenne,
le commerce,
la transformation urbaine,
et la documentation photographique du quartier.
Le dossier sur le Collectif Carré Rose et la présence de Denis Coderre sont particulièrement importants parce qu’ils témoignent d’une période où la question de la sécurité du Village devient un enjeu politique municipal.
Le magazine se positionne clairement du côté d’une intervention concrète.
Un numéro profondément marqué par la santé
La santé occupe une place considérable dans cette édition.
On y retrouve :
le VIH et la lipodystrophie,
les autotests VIH,
les infections transmissibles sexuellement chez les adolescents,
la chlamydia,
l’herpès,
l’hépatite C,
les traitements antiviraux,
la santé masculine,
et la prévention du VIH auprès des hommes gais.
Cette présence est parfaitement cohérente avec la mission historique du magazine. Gay Globe indique lui-même dans ses documents institutionnels que la prévention du VIH/SIDA constitue depuis ses débuts une priorité éditoriale.
Le #95 montre donc un média qui associe très directement journalisme LGBT et information médicale.
Une édition qui témoigne de l’évolution technologique du magazine
L’éditorial du #95 est également important pour une autre raison.
Gay Globe explique que ses PDF recommencent à intégrer des liens hypertextes.
Le lecteur peut ainsi cliquer directement sur certaines références pour accéder à des informations complémentaires.
En 2014, cette fonctionnalité témoigne de la transformation progressive du magazine imprimé en publication numérique interactive.
Le numéro contient d’ailleurs de nombreuses références à Gay Globe TV, à des sites Internet, à Facebook et au fil de presse Le Point.
On voit donc apparaître une structure médiatique qui dépasse largement le magazine papier.
Le rôle particulier du fil de presse Le Point
Le #95 conserve également une présence importante de l’identité Le Point, notamment dans les éléments graphiques et les références Web.
Cela rappelle que Gay Globe Média fonctionnait déjà comme un ensemble de plateformes : magazine, télévision Web, site Internet et fil de presse.
Cette continuité historique est cohérente avec les informations institutionnelles actuelles de Gay Globe, qui présentent la publication comme issue de la Revue Le Point fondée à Montréal en 1998.
Le #95 appartient donc à une période où cette architecture médiatique est déjà bien établie.
La campagne VIH avec Céline Dion comme fil conducteur
En définitive, Céline Dion n’est pas seulement la vedette de la couverture.
Elle constitue le fil conducteur symbolique du numéro.
Elle apparaît en couverture.
Elle est mentionnée dans l’éditorial.
Elle est associée à la campagne de prévention du VIH.
Et elle revient sur la page 31 dans un message officiel de remerciement à elle et à René Angélil.
La campagne rappelle que Gay Globe avait développé depuis 2003 une relation durable avec des personnalités publiques capables de contribuer à la diffusion de messages de santé sexuelle.
Le slogan choisi pour 2014 est particulièrement révélateur de cette époque :
« Pour avoir le plaisir d’aimer, sans mourir d’aimer »
Il résume parfaitement la volonté de Gay Globe de parler de sexualité et de plaisir tout en maintenant la prévention du VIH au centre de son discours.
Le #95 dans l’histoire de Gay Globe
Le Magazine Gay Globe #95 est un numéro particulièrement riche parce qu’il se situe à un moment de transformation du média.
En 2014, Gay Globe entre clairement dans une nouvelle étape.
Le magazine devient plus visuel.
Les PDF deviennent interactifs.
Les liens Internet sont intégrés au contenu.
Les couvertures deviennent plus politiques.
Le magazine affirme son positionnement médiatique.
Et la relation entre le papier, Gay Globe TV et Internet devient de plus en plus évidente.
Sur le plan éditorial, trois grandes préoccupations dominent cette édition.
La première est la sécurité du Village gai de Montréal, avec les agressions, le Collectif Carré Rose et l’intervention de Denis Coderre.
La deuxième est la santé, avec le VIH, l’hépatite C, les ITS, la chlamydia, l’herpès, la lipodystrophie et les nouveaux traitements.
La troisième est la mémoire et la représentation LGBT, avec Jacques Ier, Yves Navarre, Richard Chamberlain, Raymond Burr et les réflexions sur l’origine de l’orientation sexuelle.
Mais le numéro est également un document important sur la philosophie éditoriale personnelle de Roger-Luc Chayer.
L’âgisme, la violence dans le Village, les politiques russes de Vladimir Poutine, les droits LGBT et la prévention du VIH sont abordés avec un ton très affirmé.
Gay Globe ne cherche pas simplement à informer.
Il cherche à prendre position, provoquer une réflexion et intervenir dans les débats de son époque.
Le #95 montre aussi l’importance accordée aux archives et à la mémoire LGBT. Le portrait d’Yves Navarre, notamment, est présenté comme une tentative de faire revivre une personnalité dont l’importance historique risque de disparaître.
C’est probablement l’une des caractéristiques les plus intéressantes de cette édition : Gay Globe documente son époque tout en construisant simultanément ses propres archives.
Le numéro doit donc être conservé comme un témoignage de Montréal et du mouvement LGBT québécois en 2014, mais aussi comme un document permettant de suivre l’évolution de Gay Globe Média vers un modèle véritablement multiplateforme.
Enfin, le #95 confirme une caractéristique fondamentale de la publication : depuis ses premières années, la prévention du VIH et l’information sur la santé demeurent au cœur de son identité éditoriale, tandis que la politique, l’histoire LGBT, la culture et les réalités du Village viennent compléter cette mission. Les archives officielles de Gay Globe confirment d’ailleurs la continuité de cette vocation depuis la création du média à Montréal.