
MAGAZINE GAY GLOBE — ÉDITION #98
Réjean Thomas : santé gaie, VIH, Fierté et grands débats de société
Édition #98 — 2014 — 32 pages
Le Magazine Gay Globe #98 est un numéro particulièrement représentatif de la formule éditoriale développée par Gay Globe au milieu des années 2010 : une publication qui mélange journalisme, santé, VIH/SIDA, actualité politique, culture, histoire LGBT, vie montréalaise, enquêtes et opinions éditoriales.
La couverture est consacrée au Dr Réjean Thomas, cofondateur de la Clinique médicale l’Actuel et l’une des personnalités québécoises les plus importantes dans le domaine de la santé gaie et du VIH. Roger-Luc Chayer lui consacre une entrevue et un hommage, en mettant notamment l’accent sur la prévention, le dépistage et les changements dans la perception du VIH.
Le numéro paraît en 2014, dans un contexte où la médecine du VIH connaît une transformation majeure grâce aux traitements antirétroviraux, alors que la prévention des ITS, la sérophobie et les nouvelles stratégies de traitement deviennent des enjeux centraux. Le magazine aborde également la question de l’indétectabilité, même si certaines formulations utilisées dans l’édition reflètent les connaissances et les messages de prévention de 2014 et ne correspondent plus exactement aux connaissances scientifiques actuelles sur le principe I=I / U=U.
Le #98 est également très marqué par Montréal et son Village gai. Une chronique photographique documente l’état des rues et de l’environnement urbain, tandis que Roger-Luc Chayer traite du stationnement, de l’utilisation du drapeau arc-en-ciel par les politiciens et les entreprises, ainsi que des commandites de la Fierté.
L’édition propose aussi une importante dimension historique et culturelle : Édouard II, Agnes Moorehead, Richard Nixon, la littérature sur le SIDA, le cinéma classique, la littérature de Caroline Gréco et plusieurs chroniques de santé.
Enfin, le numéro témoigne de l’évolution des activités de Gay Globe Média en 2014. On y trouve des références à Gay Globe TV, au site Gayglobe.us, aux archives, aux commanditaires et aux activités médiatiques du groupe. L’édition confirme ainsi que le magazine imprimé constitue déjà l’un des éléments d’un ensemble médiatique beaucoup plus vaste.
Le site officiel de Gay Globe confirme par ailleurs que la publication existe depuis 1998, d’abord sous le nom de Revue Le Point, et que les éditions sont conservées dans les archives nationales du Québec et du Canada.
Table des matières détaillée
| Page | Titre | Sujet traité |
|---|---|---|
| 3 | Éditorial — Réjean Thomas | Roger-Luc Chayer présente l’entretien avec le Dr Réjean Thomas et explique pourquoi Gay Globe souhaite lui consacrer la couverture. L’éditorial insiste sur le rôle du dépistage du VIH, du traitement précoce et de la prévention. Chayer aborde également la confusion entre le statut sérologique et la notion d’indétectabilité, ainsi que l’évolution des possibilités médicales permettant de réduire considérablement la transmission du VIH. |
| 4 | Burger de saumon maison | Recette de Franck Hénot pour l’Intermarché Boyer : saumon, œuf, mayonnaise, échalotes, ciboulette, moutarde, chapelure et zeste de lime. Les galettes sont préparées puis cuites doucement sur le barbecue et accompagnées d’une mayonnaise citronnée aux câpres. |
| 5 | Réjean Thomas, M.D. — Ou comment dire merci, en couleur! | Grande entrevue-hommage de Roger-Luc Chayer avec le Dr Réjean Thomas. Le dossier revient sur son rôle de cofondateur de la Clinique l’Actuel, sa réputation dans le domaine du VIH et sa conception de la prévention. Thomas évoque notamment l’augmentation de certaines ITS, la diminution des infections chez les personnes toxicomanes, la stigmatisation persistante du VIH et la nécessité d’améliorer le dépistage. |
| 6 | Chronique animale — La prévention et le traitement des puces | Conseils de la SPCA concernant la prévention des infestations de puces chez les chiens et les chats. Le texte décrit les signes d’infestation, l’utilisation du peigne à puces, les zones du corps à surveiller et les précautions à prendre avec les médicaments antiparasitaires. Une attention particulière est portée au danger d’utiliser sur les chats des produits conçus pour les chiens. |
| 7 | Publicité — Intermarché Boyer | Publicité consacrée à l’Intermarché Boyer, au cœur du Plateau Mont-Royal, annonçant notamment une offre destinée aux membres de son infolettre. |
| 8 | Ces grands homos — Édouard II | Portrait historique du roi Édouard II d’Angleterre, présenté dans la rubrique consacrée aux personnalités homosexuelles ou présumées homosexuelles ayant marqué l’histoire. Le texte évoque ses relations privilégiées avec Piers Gaveston et Hugues le Despenser, les conflits politiques qui en découlèrent, sa déposition en 1327 et les interprétations historiques de sa sexualité. |
| 9 | Publicités — Services et commerces | Page publicitaire regroupant notamment des services d’extermination, un service funéraire et une pharmacie. La page illustre le rôle des annonceurs locaux dans le financement du magazine et son ancrage commercial montréalais. |
| 10 | Alerte santé — Cancer et prostate : une infection sexuellement transmise? | Dossier sur une recherche établissant un lien potentiel entre la trichomonase, une infection sexuellement transmissible, et une augmentation de la croissance de cellules prostatiques cancéreuses. Le texte présente les caractéristiques de Trichomonas vaginalis, ses symptômes chez l’homme, sa transmission et son traitement, tout en précisant que les recherches devaient encore confirmer le lien avec le cancer de la prostate. |
| 11 | L’autre Fierté — La Fierté de contrer le suicide des jeunes! | Commentaire de Roger-Luc Chayer sur la prévention du suicide chez les jeunes hommes gais. Il critique certaines représentations médiatiques de la Fierté qu’il considère susceptibles d’être aliénantes pour des jeunes homosexuels en questionnement et appelle les médias LGBT à présenter davantage de modèles positifs : couples, familles, professionnels, artistes et personnes ayant réussi leur vie. |
| 12-13 | Chronique auto — La BMW M6 : plus XL que M | Essai automobile de Philippe Laguë, chroniqueur au Devoir. La BMW M6 est analysée sous l’angle du luxe, de la finition, de la puissance et du comportement routier. Le dossier décrit son V8 biturbo de 4,4 litres développant 560 chevaux, son poids de près de deux tonnes, sa boîte à double embrayage et ses qualités de grand tourisme. Laguë souligne toutefois que son poids réduit les sensations sportives malgré ses performances impressionnantes. |
| 14-15 | Dépassé le SIDA? — La bataille littéraire ne fait que commencer | Denis-Martin Chabot revient sur l’histoire du SIDA depuis les années 1980 et sur son influence dans la littérature et la culture. Il évoque Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Cyril Collard et Les Nuits fauves, ainsi que la manière dont la trithérapie a transformé la représentation de la maladie. Le texte aborde aussi la sérophobie, la transmission du VIH, les nouvelles thérapies et le défi de parler du VIH dans la littérature sans réduire les personnages à leur maladie. |
| 16 | Le Village — Une photo vaut mille mots | Série photographique consacrée au Village gai de Montréal. Gay Globe dénonce plusieurs problèmes d’entretien urbain, notamment une flaque d’eau permanente près de Plessis et Sainte-Catherine Est, attribuée aux rejets d’eau d’un restaurant. Le magazine critique également certaines installations présentées comme œuvres d’art, dont une boîte technique installée devant le Complexe Bourbon. La page rappelle parallèlement l’animation estivale du Village et les fameuses boules roses de Sainte-Catherine. |
| 17 | Stationnement de Montréal — Comment faire annuler une contravention? | Guide pratique de Roger-Luc Chayer expliquant comment contester une contravention liée à une borne de stationnement défectueuse. Le texte décrit une stratégie reposant sur la contestation initiale, la demande de preuves et l’utilisation de la Loi sur l’accès à l’information afin d’obtenir les registres informatiques de Stationnement de Montréal. L’article soutient que les pannes documentées peuvent contribuer à créer un doute raisonnable devant le tribunal. |
| 18 | Les « gros mots » — Homophobes, mais taisez-vous donc enfin! | Commentaire de Roger-Luc Chayer racontant une confrontation avec un homme ayant tenu publiquement des propos homophobes dans un commerce du Plateau-Mont-Royal. Chayer décrit sa réaction et utilise l’anecdote pour défendre le principe selon lequel l’homophobie ne devrait pas être normalisée dans l’espace public. |
| 19 | Pizza 2 pour 1 — La championne des commandites à la Fierté | Présentation du partenariat entre Gay Globe et Pizza 2 pour 1, entreprise partenaire depuis de nombreuses années. À l’occasion de la Fierté gaie de Montréal 2014, l’entreprise annonce une importante distribution gratuite de pizzas à la Place Émilie-Gamelin. Le texte souligne également la longue collaboration commerciale entre l’entreprise et Gay Globe Média. |
| 20 | Agnes Moorehead — La belle-mère de Samantha était homo! | Portrait de l’actrice Agnes Moorehead, célèbre pour son rôle d’Endora dans Ma Sorcière bien-aimée. Le dossier revient sur sa carrière au théâtre, à la radio, au cinéma et à la télévision, notamment dans Citizen Kane. Gay Globe rapporte les témoignages de personnes de son entourage et d’auteurs affirmant qu’elle était lesbienne ou bisexuelle, ainsi que son appartenance à la communauté artistique homosexuelle d’Hollywood. |
| 21 | Politique — Richard Nixon : il avait une vision progressiste sur les gais | Article basé sur des enregistrements révélés par Vanity Fair. Des conversations privées de Richard Nixon avec ses conseillers montrent une attitude plus tolérante envers les homosexuels que ne le laisserait croire son image politique. Nixon considère notamment qu’il ne faut pas intervenir dans leur vie privée. Le texte présente cette attitude comme un aspect inattendu de la personnalité du président républicain. La page annonce également une enquête future consacrée au conseiller municipal montréalais Steve Shanahan. |
| 22 | Ce pauvre drapeau! — …qui sert tant à ceux qui se foutent de nous! | Roger-Luc Chayer critique l’utilisation opportuniste du drapeau arc-en-ciel par des politiciens et des entreprises. Il prend notamment l’exemple de Justin Trudeau, présent à la Fierté de Toronto, tout en soulignant que Gay Globe Média affirme avoir reçu un refus lorsqu’il lui a demandé d’acheter de la publicité dans les médias gais montréalais. L’article cite également Marriott et dénonce ce que Chayer considère comme du marketing symbolique sans engagement financier ou concret envers la communauté. |
| 23 | Cinéma classique spécial — Joan Crawford / Bette Davis | Page promotionnelle consacrée à une programmation de cinéma classique proposée sur Gay Globe TV, mettant notamment à l’honneur Joan Crawford et Bette Davis. Elle rappelle l’importance de Gay Globe TV dans l’écosystème médiatique du groupe. |
| 24 | Aînés — Les Résidences Soleil Manoir Plaza | Infopublicité consacrée au Manoir Plaza, résidence pour retraités située près du Village et directement accessible par le métro Sherbrooke. Le dossier présente les installations, la vue panoramique, les services et la présence de retraités issus de la communauté gaie. Un encadré aborde également la question de la sexualité et du vieillissement et rappelle que la vie affective et sexuelle ne disparaît pas avec l’âge. |
| 25 | Publicité — Les Résidences Soleil | Publicité pleine page présentant le Manoir Plaza comme une résidence de prestige abordable et familiale pour les retraités. La page détaille les appartements, les services, la piscine, le spa, les salles d’exercice, les activités sociales et l’accès direct au métro Sherbrooke. |
| 26 | Brèves en santé — Toute la santé pour hommes | Compilation de nouvelles médicales : découverte d’anticorps capables de neutraliser plusieurs souches du VIH, recherche sur des cellules immunitaires résistantes au virus, et autres nouvelles de santé masculine. La page rapporte également une poursuite judiciaire contre un hôpital québécois concernant une intervention médicale ayant, selon le plaignant, entraîné une réduction de la taille de son pénis. |
| 27 | Enquête VIH — Un produit miracle qui peut vous tuer… | Enquête de Roger-Luc Chayer sur un produit présenté comme capable de guérir le SIDA, le cancer et la sclérose en plaques. L’enquête porte sur une préparation à base de peroxyde d’hydrogène vendue avec des prétentions médicales. Chayer explique les dangers du produit lorsqu’il est ingéré ou injecté et démonte les arguments pseudo-scientifiques utilisés pour le présenter comme un traitement miracle du VIH. |
| 28-29 | À Dieu Julien — Épisode 3 | Suite du récit autobiographique de Caroline Gréco, consacré à Julien et à son parcours avec le VIH/SIDA. Le texte décrit les changements psychologiques du personnage, ses périodes d’euphorie et de dépression, sa peur de l’avenir, son isolement et la difficulté de communiquer avec ses proches. L’épisode raconte également les efforts de l’entourage pour lui redonner de l’espoir et lui permettre de vivre des moments heureux malgré la progression de la maladie. |
| 30 | Courrier des lecteurs | Les lecteurs commentent notamment la couverture consacrée à Denis Coderre, la visibilité du maire de Montréal et les chroniques consacrées aux animaux. La rédaction explique que la couverture Coderre avait suscité un nombre exceptionnel de téléchargements, près de 20 000 selon le texte, au point de provoquer des inquiétudes techniques sur les capacités du serveur. |
| 31 | Victoire en Ouganda — La loi anti-gais est ANNULÉE par la Cour suprême | Roger-Luc Chayer revient sur l’annulation de la loi ougandaise criminalisant fortement l’homosexualité. Le dossier rappelle l’action de Neal Gottlieb, jeune Américain qui avait planté le drapeau gai sur le plus haut sommet de l’Ouganda. La Cour constitutionnelle invalide finalement la loi en raison de l’absence du quorum constitutionnel requis lors de son adoption parlementaire. L’article souligne également la pression internationale exercée sur le gouvernement ougandais. |
| 32 | Publicité — Pizza 2 pour 1 | Quatrième de couverture publicitaire consacrée à Pizza 2 pour 1, avec son service de livraison gratuite, son établissement de la rue Ontario Est et les différents points de service. Cette présence en quatrième de couverture illustre l’importance du partenaire commercial dans le modèle économique de cette édition. |
Les grands dossiers de cette édition
Réjean Thomas au centre du #98
Le choix de Réjean Thomas pour la couverture n’est pas anodin.
Dans son éditorial, Roger-Luc Chayer explique qu’il souhaitait initialement publier l’entretien avec le médecin dans son texte éditorial, mais que la richesse de la conversation rendait impossible cette approche.
Le dossier est donc déplacé en page 5.
Le portrait qui se dégage est celui d’un médecin devenu une figure centrale de la santé gaie québécoise et internationale.
Thomas est présenté comme le cofondateur de la Clinique l’Actuel, établissement spécialisé notamment dans le VIH/SIDA et la santé sexuelle des hommes gais.
L’entretien porte surtout sur la transformation de la santé gaie.
Le discours n’est plus uniquement celui des années 1980, centré sur la peur et la mort.
Les traitements ont profondément changé la situation.
Mais Thomas insiste sur le fait que cette amélioration ne signifie pas que les problèmes ont disparu.
Le dépistage demeure essentiel.
La stigmatisation demeure présente.
Et certaines ITS connaissent alors une progression préoccupante.
L’indétectabilité : un document révélateur de 2014
L’éditorial de Chayer et l’entretien avec Thomas consacrent une place importante à la distinction entre séronégativité et indétectabilité.
Le magazine rappelle qu’une personne vivant avec le VIH et ayant une charge virale indétectable demeure séropositive.
Le texte de 2014 insiste cependant sur la possibilité théorique de transmission à très faible niveau, ce qui reflète les connaissances et les recommandations de prévention de l’époque.
Avec le recul, cette partie du magazine est particulièrement intéressante pour les archives puisqu’elle permet de voir l’évolution du discours médical sur le VIH.
Aujourd’hui, les données scientifiques ont établi le principe I=I — indétectable = intransmissible, lorsqu’une personne maintient une charge virale indétectable selon les critères médicaux appropriés.
Le #98 doit donc être lu comme un document historique de 2014, et non comme une source médicale actuelle.
Le dépistage demeure le grand enjeu
Chayer rapporte dans son éditorial que le Dr Thomas observe que trop d’hommes gais ne se font toujours pas dépister régulièrement.
Le magazine affirme alors qu’environ 15 % des hommes gais seraient séropositifs, tout en présentant ce chiffre dans le contexte du dépistage insuffisant.
L’idée centrale du dossier est toutefois beaucoup plus importante que le chiffre lui-même :
la prévention du VIH ne peut plus être uniquement fondée sur la peur ou l’abstinence.
Les traitements, le dépistage, la prophylaxie et les stratégies médicales modernes offrent des possibilités nouvelles.
Le magazine estime même qu’une politique de santé publique beaucoup plus énergique pourrait faire chuter considérablement les taux de transmission au Québec.
La Fierté et le suicide des jeunes
La page 11 constitue l’un des textes éditoriaux les plus engagés du numéro.
Roger-Luc Chayer s’intéresse à une question rarement abordée dans les couvertures de la Fierté : l’image que les jeunes homosexuels se font de leur propre communauté.
Il estime que certaines images extrêmement sexualisées ou caricaturales utilisées par les médias peuvent donner à certains jeunes l’impression qu’ils ne correspondent pas à la communauté gaie.
Il propose donc de montrer davantage :
des couples gais;
des familles;
des professionnels;
des artistes;
des scientifiques;
des sportifs;
des personnalités publiques;
et plus généralement des personnes homosexuelles vivant des vies positives et ordinaires.
Le raisonnement de Chayer est que la Fierté devrait également servir de vitrine vers l’avenir.
Pour un jeune qui vient de découvrir son homosexualité, voir des adultes heureux et accomplis peut contribuer à transformer la perception d’un avenir qui lui paraît parfois impossible.
Le SIDA dans la littérature
Le texte de Denis-Martin Chabot, pages 14 et 15, est particulièrement important pour comprendre la mémoire culturelle de l’épidémie.
Chabot revient sur 1981, année où les premiers cas sont signalés, alors qu’il étudie lui-même le journalisme et découvre son homosexualité.
Il décrit la peur qui accompagne l’apparition de cette nouvelle maladie et rappelle les théories erronées qui circulaient à l’époque.
La littérature devient alors un moyen de raconter ce que les médias traditionnels ne parviennent pas toujours à montrer.
Chabot évoque notamment :
Hervé Guibert
Michel Foucault
Cyril Collard
Les Nuits fauves
et plusieurs œuvres qui ont contribué à documenter l’expérience du VIH.
L’auteur explique également comment l’arrivée de la trithérapie transforme progressivement la représentation de la maladie.
La mort n’est plus nécessairement immédiate.
Les personnes vivant avec le VIH peuvent recommencer à avoir des projets.
Mais une nouvelle réalité apparaît : vivre avec le VIH pendant plusieurs décennies.
Le vieillissement, les effets secondaires des traitements et la sérophobie deviennent alors de nouveaux enjeux.
Le Village gai : déjà un problème en 2014
La page 16 est remarquable parce qu’elle constitue un véritable instantané photographique du Village gai de Montréal.
Gay Globe ne cherche pas ici à produire une longue analyse.
Le magazine montre.
Une flaque d’eau permanente.
Des problèmes de propreté.
Des installations urbaines jugées absurdes.
Des éléments laissés dans la rue.
Et, parallèlement, les grandes installations estivales du Village.
Le magazine souligne notamment les fameuses boules roses de Sainte-Catherine, devenues un symbole visuel majeur du quartier.
Cette page est aujourd’hui intéressante parce qu’elle permet de comparer l’état du Village en 2014 avec les problèmes urbains qui continueront d’être discutés au cours des années suivantes.
Stationnement : Gay Globe comme média de service
La page 17 montre une autre dimension du magazine.
Gay Globe ne se contente pas de parler d’homosexualité.
Roger-Luc Chayer explique aux lecteurs comment contester une contravention de stationnement lorsque les systèmes de paiement de Montréal sont défectueux.
Le texte propose une démarche administrative précise :
contester la contravention;
demander les preuves;
obtenir les registres informatiques;
utiliser les mécanismes d’accès à l’information;
puis présenter ces documents au tribunal.
Cette chronique illustre la volonté de Gay Globe de devenir également un média de service pour ses lecteurs montréalais.
Une confrontation avec l’homophobie
La page 18 est beaucoup plus personnelle.
Chayer raconte une scène vécue dans un commerce du Plateau-Mont-Royal.
Alors qu’il installe des exemplaires de Gay Globe, un homme fait un commentaire ouvertement homophobe.
Chayer décide de lui répondre directement.
Le texte devient ensuite une réflexion plus large sur la place de l’homophobie dans l’espace public.
Pour Chayer, l’indifférence face aux propos homophobes revient à accepter leur normalisation.
Cette chronique constitue donc un exemple particulièrement clair du style éditorial de Gay Globe : l’expérience personnelle devient un point de départ pour une réflexion politique et sociale.
Le drapeau arc-en-ciel et le « pinkwashing » avant le terme
La page 22 est particulièrement intéressante avec le recul.
Roger-Luc Chayer s’attaque à l’utilisation du drapeau arc-en-ciel par les politiciens et les grandes entreprises.
L’exemple de Justin Trudeau est central.
Chayer souligne sa présence à la Fierté de Toronto et l’utilisation publique du symbole LGBT.
Mais il oppose cette visibilité à ce qu’il considère comme l’absence d’engagement commercial concret envers les médias gais.
Le cas de Marriott est également utilisé pour illustrer cette contradiction.
L’entreprise annonce vouloir développer son marché auprès des consommateurs gais, mais Gay Globe affirme que lorsqu’il est question de publicité concrète, les budgets ne suivent pas.
Le raisonnement est très clair :
porter le drapeau ne suffit pas.
La reconnaissance symbolique doit, selon Chayer, être accompagnée d’un engagement réel.
Cette réflexion apparaît plusieurs années avant que le terme pinkwashing devienne aussi courant dans le débat public.
Agnes Moorehead et l’histoire LGBT d’Hollywood
La page 20 s’inscrit dans la série historique du magazine.
Agnes Moorehead est surtout connue du grand public pour son rôle d’Endora, la mère de Samantha dans Ma Sorcière bien-aimée.
Mais Gay Globe s’intéresse à une dimension beaucoup moins connue de son parcours.
Le magazine rapporte plusieurs témoignages affirmant qu’elle était lesbienne ou bisexuelle et qu’elle était connue comme telle dans certains milieux artistiques.
Le texte évoque également Paul Lynde, autre acteur homosexuel de la série.
Cette chronique est représentative de la volonté du magazine de récupérer des histoires LGBT qui, selon sa ligne éditoriale, avaient été largement oubliées ou effacées de la culture populaire.
Richard Nixon : une révélation politique surprenante
La page 21 présente un Richard Nixon différent de l’image généralement associée au président américain.
À partir de bandes enregistrées et publiées par Vanity Fair, Gay Globe rapporte des propos dans lesquels Nixon affirme essentiellement que les homosexuels devraient être laissés tranquilles.
Le magazine reconnaît évidemment que Nixon continue de parler de l’homosexualité comme d’un « problème ».
Mais l’intérêt du dossier est précisément dans cette contradiction.
Un président républicain conservateur peut, dans une conversation privée, adopter une position plus tolérante qu’on pourrait l’imaginer.
Gay Globe utilise donc Nixon pour montrer que l’histoire politique de l’homosexualité est parfois beaucoup plus complexe que les étiquettes partisanes.
L’enquête sur le « produit miracle » contre le SIDA
La page 27 est l’un des dossiers d’enquête les plus importants du numéro.
Roger-Luc Chayer s’intéresse à un produit vendu avec des prétentions extraordinaires.
Le produit serait capable, selon son vendeur, de traiter :
le SIDA;
le cancer;
la sclérose en plaques.
L’ingrédient central est le peroxyde d’hydrogène.
Chayer rencontre le vendeur dans le cadre de son enquête et examine les arguments utilisés pour promouvoir le produit.
L’enquête démonte notamment l’idée selon laquelle l’organisme pourrait être guéri par une simple augmentation artificielle de son oxygénation.
Le magazine souligne surtout le danger réel du produit.
Le peroxyde d’hydrogène peut provoquer de graves dommages lorsqu’il est ingéré et son utilisation par injection peut être extrêmement dangereuse.
Le titre résume parfaitement la position du dossier :
« Un produit miracle qui peut vous tuer… »
La dernière phrase est sans ambiguïté : le peroxyde d’hydrogène ne guérit pas le SIDA.
Ce dossier s’inscrit directement dans la tradition d’enquête de Gay Globe sur les prétendus traitements miracles du VIH.
La littérature de Caroline Gréco : À Dieu Julien
Les pages 28 et 29 poursuivent la publication de À Dieu Julien, œuvre de Caroline Gréco.
Le récit est profondément marqué par le VIH/SIDA.
Julien connaît des périodes d’espoir et de découragement.
Il continue à sortir et à rencontrer ses amis, mais il est progressivement confronté à la conscience de sa propre mortalité.
Il refuse notamment de parler ouvertement de la gravité de sa situation.
Caroline Gréco raconte également les efforts de son entourage pour maintenir un lien avec lui.
Un geste.
Un regard.
Un mot.
Une conversation.
Ces petits signes deviennent des moyens de maintenir la communication lorsque la maladie et la peur enferment Julien dans le silence.
Le texte constitue ainsi un témoignage littéraire important sur la dimension psychologique et familiale du SIDA avant l’époque où le VIH devient une maladie chronique mieux maîtrisée.
Le VIH et les nouvelles recherches
La page 26 montre l’autre visage du dossier médical.
Alors que les pages précédentes rappellent les ravages historiques du SIDA, les « Brèves en santé » présentent plusieurs recherches qui permettent d’entrevoir un avenir différent.
Le magazine rapporte notamment la découverte d’anticorps capables de neutraliser plusieurs souches du VIH.
Une autre recherche cherche à produire des cellules immunitaires résistantes au virus grâce à l’ingénierie génétique.
En 2014, ces travaux sont encore expérimentaux.
Mais ils témoignent d’un changement fondamental dans la couverture médiatique du VIH :
on ne parle plus uniquement de prévention et de décès.
On parle désormais de vaccin, d’immunité, de génétique, de cellules souches et de guérison potentielle.
Une victoire en Ouganda
La page 31 est consacrée à un événement international majeur de 2014.
La Cour constitutionnelle ougandaise annule la loi anti-homosexualité adoptée quelques mois auparavant.
Gay Globe rappelle l’histoire de Neal Gottlieb, jeune militant américain qui avait planté un drapeau gai au sommet d’une montagne en Ouganda afin de provoquer symboliquement le président Yoweri Museveni.
Le magazine souligne que la contestation de la loi a ensuite pris une dimension internationale.
L’annulation n’est toutefois pas présentée comme une simple décision politique favorable aux homosexuels : elle repose sur une question constitutionnelle, soit l’absence du quorum requis lors de l’adoption de la loi par le Parlement.
Le dossier montre ainsi comment une question technique de procédure parlementaire peut finalement avoir des conséquences majeures pour les droits LGBT.
Le #98 et la question des aînés LGBT
Le dossier des Résidences Soleil Manoir Plaza, page 24, mérite également une attention particulière.
En 2014, la question du vieillissement LGBT est encore beaucoup moins présente dans les médias gais que les questions liées à la jeunesse, à la sexualité ou au VIH.
Le magazine aborde pourtant directement la question.
La résidence est présentée comme un lieu où les retraités peuvent conserver leur autonomie et leurs liens sociaux.
Le texte insiste également sur l’importance de ne pas couper les personnes âgées de leur environnement.
L’encadré sur la sexualité et le vieillissement rappelle que l’amour et la sexualité ne disparaissent pas avec l’âge.
Pour un magazine LGBT, le sujet est important parce qu’il permet de déplacer la représentation de l’homosexualité au-delà de la jeunesse.
Une édition très commerciale
Le #98 permet également de comprendre comment fonctionnait économiquement Gay Globe en 2014.
Plusieurs annonceurs apparaissent dans l’édition :
Intermarché Boyer
Pizza 2 pour 1
Les Résidences Soleil
Pharmaprix
MBM Extermination
ainsi que différents services professionnels et commanditaires.
La présence de publicités pleine page, d’infopublicités et de commandites liées à des chroniques montre que le magazine était conçu comme une publication gratuite financée notamment par la publicité.
Le modèle est particulièrement visible avec Pizza 2 pour 1, qui ne se contente pas d’acheter une publicité : l’entreprise devient également partenaire d’une activité de distribution de pizzas durant la Fierté.
Le numéro #98 et Gay Globe TV
La page 23 est elle aussi révélatrice.
Gay Globe fait la promotion d’un programme de cinéma classique consacré à Joan Crawford et Bette Davis, disponible gratuitement sur Gay Globe TV.
Cela rappelle que le magazine n’est déjà plus une publication isolée.
Le lecteur est dirigé vers l’écosystème numérique du groupe.
En 2014, Gay Globe Média possède donc déjà plusieurs points de contact :
le magazine papier;
la version PDF;
le site Web;
Gay Globe TV;
et les différentes plateformes numériques du groupe.
Le développement de ces plateformes correspond à l’évolution du média vers un modèle multimédia.
Une édition qui documente Montréal en 2014
Le #98 possède une valeur documentaire particulière pour l’histoire de Montréal.
On y retrouve :
le Village gai;
la Fierté 2014;
la Place Émilie-Gamelin;
le secteur Berri–Sherbrooke;
la rue Sainte-Catherine Est;
le Plateau-Mont-Royal;
les problèmes de stationnement;
les commerces du Village;
les résidences pour aînés;
et les commandites commerciales associées à la Fierté.
Plusieurs pages peuvent donc être considérées comme de véritables archives photographiques de Montréal en 2014.
Une édition qui montre la philosophie éditoriale de Roger-Luc Chayer
Le #98 est également très révélateur de la manière dont Roger-Luc Chayer conçoit Gay Globe.
Le magazine ne se limite pas aux informations concernant les homosexuels.
Il traite de :
VIH et santé;
ITS;
politique;
homophobie;
urbanisme;
stationnement;
automobile;
animaux;
vieillissement;
culture;
cinéma;
littérature;
histoire LGBT;
et actualité internationale.
Mais surtout, plusieurs articles assument une position éditoriale très claire.
Chayer attaque les traitements miracles contre le SIDA.
Il critique l’homophobie.
Il remet en question l’utilisation commerciale du drapeau arc-en-ciel.
Il critique certaines représentations de la Fierté.
Il documente les problèmes du Village.
Il défend le dépistage.
Et il rend hommage à Réjean Thomas.
Cette combinaison entre information, enquête, opinion et service aux lecteurs est l’une des caractéristiques les plus fortes du Gay Globe de cette période.
Le #98 dans l’histoire de Gay Globe
Le Magazine Gay Globe #98 constitue un document particulièrement intéressant de l’année 2014, parce qu’il se trouve à un moment charnière de l’histoire du média.
D’un côté, le magazine demeure profondément marqué par l’histoire du VIH/SIDA.
La couverture de Réjean Thomas, le texte de Denis-Martin Chabot, les recherches médicales, l’enquête sur le faux traitement miracle et le récit de Caroline Gréco montrent que le VIH demeure au cœur de la mission éditoriale.
Mais le traitement de la maladie a changé.
On ne parle plus seulement de mort.
On parle de traitements, de dépistage, d’indétectabilité, d’anticorps, de cellules résistantes, de recherche génétique et d’espoir de guérison.
C’est probablement l’une des caractéristiques historiques les plus importantes de cette édition.
Le numéro est également un document exceptionnel sur le Village gai de Montréal.
Les photographies de la page 16 montrent un quartier qui cherche encore à concilier son image festive, ses installations emblématiques et les problèmes très concrets d’entretien et de propreté.
La page sur le stationnement démontre quant à elle que Gay Globe s’intéresse directement aux problèmes quotidiens vécus par les Montréalais.
La réflexion sur le drapeau arc-en-ciel est particulièrement prémonitoire.
En 2014, Chayer dénonce déjà l’utilisation du symbole LGBT par des personnalités politiques et des entreprises lorsque cette visibilité n’est pas accompagnée d’un engagement concret.
Le #98 est également important pour l’histoire culturelle LGBT.
Édouard II, Agnes Moorehead, Richard Nixon, Hervé Guibert, Cyril Collard et les autres personnalités évoquées montrent la volonté du magazine de construire une mémoire homosexuelle dépassant largement l’actualité immédiate.
Enfin, l’édition révèle l’importance prise par Gay Globe Média comme groupe multimédia.
Le magazine papier renvoie vers le Web, Gay Globe TV et ses différentes plateformes.
La publication n’est donc plus simplement une revue distribuée en kiosques : elle devient progressivement une archive numérique, une plateforme audiovisuelle et un média multiplateforme.
Le Magazine Gay Globe #98 est ainsi un véritable instantané de la communauté LGBT québécoise en 2014 : une communauté confrontée simultanément aux progrès spectaculaires de la médecine du VIH, à la persistance de la sérophobie et de l’homophobie, aux transformations du Village gai, à la récupération commerciale des symboles LGBT et à l’émergence d’une nouvelle génération de médias numériques.
C’est aussi un numéro qui illustre parfaitement la devise éditoriale implicite de Gay Globe : informer, enquêter, prendre position et conserver une trace historique de ce qui se passe dans la communauté.
Le site officiel de Gay Globe présente l’ensemble des anciennes éditions comme faisant partie de ses archives électroniques et rappelle la continuité historique entre la Revue Le Point et le Magazine Gay Globe.