Roger-Luc Chayer
Ce que je retiens le plus de l’année 2015, au niveau technologique, est la nette perte de contrôle de l’Internet sur son propre contenu, comme si le cyberespace était un nouveau far-west, sans foi ni loi!
Ce qui me saute le plus aux yeux est l’utilisation des ressources Internet et des réseaux sociaux pour manipuler l’opinion, et ce, non pas de la part de compagnies, de personnalités publiques ou politiques mais bien par des individus aux mauvaises intentions tant commerciales, financières que sociales.
Par exemple, ces multitudes d’avis de recherche de personnes qui n’existent pas, qui ne servent qu’à provoquer des «partages» sur Facebook et qui font augmenter la valeur de la page de l’émetteur, ou ces millions de citations de personnages dont on utilise l’image pour faire dire n’importe quoi ou pour les faire endosser des causes qui n’ont rien à voir avec leurs valeurs ou leurs opinions. Ces sollicitations continuelles de la part de fraudeurs déguisés en «amis» qui, dès qu’ils ont accès à une page Facebook, l’inondent de spams et obligent leur titulaire à passer de longues heures à retirer des messages non autorisés qui se retrouvent évidemment indexés sur Google, ou ces partages continuels de fausses nouvelles que personne ne se donne la peine de corroborer et qui empoisonnent la qualité de l’information légitime sur un tas de sujets. Il est intéressant de noter que ceux qui crient le plus à la liberté totale sur Internet sont ceux qui s’en servent justement le plus pour fausser la donne ou manipuler les réalités sur un tas de questions.
Il ne faut pas oublier que l’Internet est un moyen de communication, pas une encyclopédie ni un département de recherche universitaire. Essentiellement, tout ce qui y est publié et diffusé est soit faux, soit déformé et seule une infime partie du Web est encore crédible et il faut être bien malin pour détecter le vrai du faux.
Personnellement, je milite pour un plus grand contrôle de l’Internet via des normes obligatoires sur le contenu comme il a été possible de le faire avec les courriels. Personne ne peut diffuser n’importe quoi dans la société sans s’exposer à des recours en cas de diffamation ou de diffusion de fausses informations. Bugingo en est un exemple! Il n’est plus journaliste parce qu’il a faussé le jeu à la radio, à la télé et dans les médias imprimés. Si une personne publie une information qu’elle sait fausse sur une autre personne et qu’elle engendre des dommages, elle s’expose inévitablement à un procès en diffamation. Pourquoi est-ce qu’il en serait autrement sur le Web? Voilà le problème. Sur le Web, sous prétexte de la libre circulation des idées, on diffuse n’importe quoi sans que personne ne doive en assumer les conséquences. Si le Web servait à la circulation d’informations légitimes, je serais en faveur de sa liberté mais ce n’est pas ce qui se produit.
L’exemple russe est éloquent. Sans autorisation aucune, des entreprises russes utilisent systématiquement les marques de commerce et les noms de domaines étrangers pour les associer à des sites locaux de manière à booster leur présence sur le Web, fraudant ainsi l’identité de ces sociétés.
Le Web sert à diffuser ce qui ne passerait jamais, ou presque, le test de la preuve. Il faut donc introduire des normes internationales sur la même base que celles de la Convention de Berne sur le droit d’auteur, qui regroupe plus de 150 pays, et transformer le Web en un outil moderne de communication légitime, crédible. Pour le moment, le Web est un énorme jeu vidéo interactif et ce n’était absolument pas le but à l’origine. Matière à réflexion quand vous diffusez, partagez ou dites n’importe quoi en utilisant cet outil.