Quand les candidats déraillent : les surprises de l’élection québécoise

PCQ

Opinion par Roger-Luc Chayer, (Image : Parti Conservateur du Québec)

La politique, qu’elle soit québécoise, canadienne ou internationale, amène son lot de candidats, tous aussi variés que colorés. C’est également le cas de cette élection québécoise du 2 octobre 2026, alors qu’un nombre record de candidats doivent se retirer ou sont démis de leur candidature pour diverses raisons.

Au moins 12 candidats ont quitté la course ou ont été écartés

À la veille du déclenchement officiel de la campagne, le 27 août 2026, on peut documenter 12 cas de candidats annoncés qui ont finalement disparu des bulletins, soit par retrait volontaire, soit parce que leur parti les a écartés.

Parti libéral du Québec : 7

C’est de loin le parti qui a connu le plus grand nombre de départs :

  1. Marie-Claude Nichols — Vaudreuil
    Retrait pour des raisons familiales.
  2. René Verret — Louis-Hébert
    Retrait, invoquant notamment son manque d’énergie et de disponibilité pour faire le saut en politique active.
  3. Laurier Michaud — Côte-du-Sud
    Écarté par le PLQ à la suite de « sérieuses allégations »; le parti n’a pas donné davantage de détails.
  4. Michel Savard — Gouin
    Écarté par le PLQ après la résurgence de propos jugés haineux et violents publiés sur les réseaux sociaux, notamment à l’endroit du PQ et de ses sympathisants.
  5. Bernard Bigras-Denis — Argenteuil
    A renoncé à la candidature libérale après des pressions liées notamment au fait qu’il venait d’être réélu maire de Lachute.
  6. Alain Tremblay — Labelle
    Retrait volontaire pour des raisons personnelles et parce qu’il estimait ne pas avoir l’énergie nécessaire pour mener la campagne.
  7. Louis-Éric Savoie — Avignon–La Mitis–Matane–Matapédia
    Retrait le 26 août, à la veille du déclenchement de la campagne. Il a précisé qu’il s’agissait d’une décision personnelle et non d’une décision du parti.

Le Journal de Québec confirme explicitement qu’avec Savoie, il s’agissait du septième candidat libéral perdu par le PLQ depuis le début de la séquence.

Parti québécois : 2

  1. Jeanne Robin — Taschereau
    Retrait volontaire pour des raisons personnelles, quelques semaines seulement après avoir été annoncée comme candidate. Elle a insisté sur l’absence de conflit avec le PQ.
  2. Vincent Marissal — Taschereau
    C’est le cas le plus spectaculaire. Après avoir remplacé Jeanne Robin, Marissal a lui-même été contraint de retirer sa candidature moins de 48 heures après son annonce. PSPP a invoqué l’utilisation d’un logement de fonction de l’Assemblée nationale dans le cadre d’échanges de logements à l’étranger et une possible incompatibilité avec le code d’éthique des élus.

Il faut donc souligner que deux candidats successifs du PQ ont disparu de Taschereau en quelques jours.

Québec solidaire : 1

  1. Benjamin Gingras — Marquette
    Retrait le 20 août après avoir été informé de « graves allégations » le concernant. Gingras a dit vouloir éviter de nuire à la campagne de QS et protéger ses proches.

Et deux autres cas à considérer

Il existe également des cas de candidats annoncés ou en voie d’investiture qui ont abandonné avant d’être véritablement installés dans la course. Parmi eux :

  1. Jean Lamarche — Trois-Rivières, PLQ
    L’ancien maire avait défendu publiquement sa candidature libérale pendant des mois, mais il a finalement renoncé à porter les couleurs du PLQ.
  2. Louis Gendron — Trois-Rivières, PQ
    Il s’était présenté à l’investiture péquiste, mais s’est retiré après l’entrée dans la course de Jean Pellerin. C’est toutefois un cas différent, puisqu’il s’agit d’une course à l’investiture, et non d’un candidat officiellement désigné pour l’élection générale.

Et puis il reste les autres…

Un de ces candidats et chefs de parti est Éric Duhaime, du Parti conservateur du Québec. Lors d’une conférence de presse hier, il déclarait que les Québécois n’étaient pas dupes et qu’ils sauraient reconnaître les vrais des faux. Et pourtant, lors de cette conférence de presse, l’une des premières, sinon la première, depuis le déclenchement de la campagne électorale, ce dernier a fait deux déclarations qui m’ont fait sursauter et qui me poussent à me demander si, par hasard ou volontairement, il n’emploierait pas des tactiques à la Trump pour nous offrir ce qu’on pourrait qualifier de « faits alternatifs ».

La première déclaration s’en prenait à la première ministre du Québec, Mme Christine Fréchette, lui reprochant de se servir de la crise économique avec le président des États-Unis, Donald Trump, pour faire sa campagne. Il déclarait notamment ne pas comprendre pourquoi la cheffe du parti Équipe Christine Fréchette se concentrait autant sur Donald Trump alors que les prochaines élections américaines n’auraient lieu que dans trois ans.

L’a-t-il fait exprès pour duper les Québécois, ou était-ce simplement un incident de début de parcours?

D’une part, il est faux de déclarer que la prochaine élection américaine n’aura lieu que dans trois ans, puisque les élections de mi-mandat sont prévues le trois novembre de cette année. Et si la tendance se maintient, le président Trump pourrait perdre gros, tant dans les deux chambres du Congrès que dans plusieurs États américains.

Si Donald Trump devait perdre les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, il ne perdrait évidemment pas la présidence des États-Unis. Il demeurerait président jusqu’au 20 janvier 2029. Mais son pouvoir politique pourrait être considérablement affaibli, puisque le Congrès joue un rôle central dans l’adoption des lois, le financement des politiques gouvernementales et le contrôle de l’administration présidentielle.

Une majorité démocrate à la Chambre des représentants et au Sénat pourrait ainsi compliquer sérieusement la mise en œuvre du programme de Donald Trump. Le président conserverait son droit de veto, mais il serait beaucoup plus difficile pour lui de faire adopter de nouvelles mesures correspondant à ses priorités politiques. Le contrôle du budget fédéral deviendrait également un important moyen de pression entre les mains du Congrès.

Mais c’est surtout sur le terrain des enquêtes parlementaires que les conséquences pourraient être importantes. Avec le contrôle des commissions de la Chambre et du Sénat, les démocrates pourraient multiplier les enquêtes sur les décisions de l’administration Trump, convoquer des responsables gouvernementaux, exiger des documents et utiliser les pouvoirs d’assignation du Congrès. Une majorité hostile à Trump pourrait donc exercer une surveillance beaucoup plus étroite de son administration.

La question d’une éventuelle procédure de destitution pourrait également refaire surface. La Chambre des représentants peut engager une procédure d’impeachment à la majorité simple. Toutefois, même si une telle procédure était lancée, elle ne signifierait pas automatiquement le départ de Donald Trump. Le Sénat devrait ensuite le juger et une condamnation nécessiterait une majorité des deux tiers des sénateurs.

Le président pourrait aussi rencontrer davantage de difficultés pour faire confirmer ses nominations importantes, puisque le Sénat doit approuver de nombreuses nominations présidentielles. Bref, une défaite républicaine dans les deux chambres ne mettrait pas fin à la présidence Trump, mais elle pourrait transformer radicalement son rapport de force avec le Congrès.

C’est justement ce qui rend la déclaration d’Éric Duhaime particulièrement étonnante. Affirmer que les prochaines élections américaines ne sont que dans trois ans laisse entendre que les électeurs américains n’auront pas l’occasion de se prononcer avant la fin du mandat présidentiel. Or, les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 pourraient constituer un véritable test politique pour Donald Trump et modifier profondément sa capacité à gouverner durant les deux dernières années de sa présidence.

Autrement dit, Donald Trump ne risque pas de perdre la Maison-Blanche en novembre, mais il pourrait bel et bien perdre une partie substantielle du pouvoir politique dont il dispose actuellement.

Une autre déclaration qui m’a fait sursauter est celle voulant que le Québec soit l’État le plus taxé de tout le continent!

Rien de moins! Nous sommes habitués, comme Québécois, à nous faire dire que le Québec est l’État qui taxe le plus lourdement ses citoyens et ses entreprises au Canada. On entend souvent la même affirmation à l’échelle de l’Amérique du Nord. Mais de là à dire que le Québec est l’endroit le plus taxé de tout le continent américain, du Canada jusqu’au Chili en Amérique du Sud, il y a un pas important à franchir. Une affirmation aussi large nécessitait donc une vérification exhaustive.

À mon avis, la déclaration d’Éric Duhaime est trompeuse si elle est prise au sens littéral de « l’endroit le plus taxé de tout le continent américain ».

Il faut d’abord reconnaître le fond de vérité sur lequel repose son affirmation. Le Québec est effectivement la province canadienne où le fardeau fiscal est le plus élevé. L’Observatoire québécois des finances publiques et de la fiscalité indique encore en 2026 que le Québec demeure au premier rang des provinces canadiennes pour le fardeau fiscal.

Mais Duhaime va beaucoup plus loin lorsqu’il affirme que les Québécois sont « les contribuables les plus taxés du continent ». Le mot continent change complètement la portée de l’affirmation. Il ne s’agit plus seulement de comparer le Québec à l’Ontario, à l’Alberta ou aux États-Unis, mais potentiellement à l’ensemble des juridictions des Amériques, du Canada au Chili, en passant par les États-Unis, le Mexique, le Brésil, l’Argentine, la Colombie, etc.

Or, il n’existe pas un classement simple permettant d’affirmer que le Québec est le territoire le plus taxé de l’ensemble des Amériques. Tout dépend d’ailleurs de ce que l’on mesure : impôt sur le revenu, taxes à la consommation, cotisations sociales, impôts des entreprises, fardeau fiscal total en proportion du PIB, taux marginal maximal ou encore montant effectivement payé par un contribuable moyen.

Les données internationales montrent justement pourquoi il faut être prudent. Dans les comparaisons de l’OCDE portant sur le « tax wedge », c’est-à-dire les impôts et cotisations qui réduisent la rémunération d’un travailleur, les résultats varient énormément d’un pays à l’autre. L’édition 2026 de Taxing Wages place notamment la Colombie à 0 % pour un travailleur célibataire au salaire moyen, tandis que certains pays européens dépassent 50 %.

Autrement dit, la réalité québécoise est effectivement celle d’une fiscalité élevée, mais cela ne suffit absolument pas à démontrer que le Québec est « le plus taxé du continent ».

Il y a même une nuance importante : le Québec possède des taux marginaux d’imposition très élevés, mais cela ne signifie pas nécessairement que chaque Québécois paie davantage de taxes qu’un citoyen de toutes les autres juridictions américaines. Les systèmes fiscaux sont tellement différents qu’une comparaison sérieuse doit définir précisément ce que signifie « le plus taxé ».

Il part d’un fait réel — le Québec est la province canadienne ayant le fardeau fiscal le plus élevé — pour l’étendre à une affirmation beaucoup plus vaste qu’il faudrait démontrer. Le Journal de Québec rapportait d’ailleurs le 8 août que Duhaime avait utilisé exactement cette formulation en lançant sa promesse de « la plus grosse baisse de taxes et d’impôts de l’histoire du Québec ». Ce n’est pas nécessairement un mensonge, mais c’est une affirmation qui nécessite une importante mise en contexte et qui, telle quelle, donne au public une impression beaucoup plus large que ce que les données permettent d’établir.

La bonne question n’est pas seulement de savoir si le Québec est fortement taxé, mais si Duhaime peut réellement démontrer que nous sommes les plus taxés de tout le continent américain. Pour l’instant, cette démonstration n’est pas faite.

Et que dire de l’affaire Vincent Marissal?

L’ex-député de Rosemont s’était retrouvé, il y a quelques mois, au cœur d’une affaire de maraudage politique qui avait suscité la surprise, non seulement dans le milieu politique, mais également auprès des électeurs de sa circonscription de Rosemont, dont je fais partie.

Il avait ensuite annoncé son départ de la vie politique, expliquant qu’il n’avait plus l’énergie nécessaire pour se relancer et qu’il avait besoin de prendre du recul après huit années en politique. Il évoquait notamment la forte adversité du milieu politique, l’exposition constante aux médias et l’ambiance devenue particulièrement difficile sur les réseaux sociaux.

Mais ce départ n’était pas motivé par une controverse personnelle ou éthique. Il s’agissait essentiellement d’une décision de quitter la politique élective après son mandat.

Son départ de Québec solidaire, en novembre 2025, est une autre affaire. Marissal avait alors dénoncé ce qu’il considérait comme la radicalisation du parti et son incapacité à gouverner, allant jusqu’à qualifier QS de parti « ingouvernable ». Il avait également cité la position de QS dans le conflit de travail à la STM comme la goutte qui avait fait déborder le vase.

Voilà qu’il y a quelques jours, contredisant ses déclarations récentes, M. Marissal réapparaît cette fois comme candidat du Parti québécois dans la circonscription de Taschereau, pour se retirer presque immédiatement à la suite d’allégations concernant une possible violation des règles d’éthique de l’Assemblée nationale du Québec. L’affaire concerne notamment l’utilisation de son logement de fonction, financé par une allocation de l’Assemblée nationale, dans le cadre d’un système d’échange de logements à l’étranger.

Il est important de souligner ici que M. Marissal n’a pas reconnu avoir violé quelque règle que ce soit. Il a indiqué qu’il collaborerait pleinement avec la Commissaire à l’éthique et à la déontologie, qui a ouvert une enquête sur la situation. Les conclusions de cette enquête n’ont pas encore été rendues publiques. Il faut donc, dans cette affaire, respecter ce que j’appellerais une forme de présomption d’innocence politique tant que les faits n’ont pas été établis et que la Commissaire n’a pas rendu ses conclusions.

Ces situations contribuent à rendre les électeurs toujours plus cyniques face à la politique en général, et les réseaux sociaux sont particulièrement éloquents à cet égard. Les commentaires qui attaquent l’intégrité et l’honnêteté des candidats sont souvent beaucoup plus nombreux et virulents que ceux qui soulignent leurs qualités, même si certains élus et candidats actuels font preuve d’une éthique irréprochable.

À propos d’Éric Duhaime

Éric Duhaime : un parcours entre politique et médias

Né à Montréal en 1969, Éric Duhaime a d’abord fait carrière dans le monde politique avant de devenir une personnalité médiatique bien connue au Québec. Diplômé en science politique de l’Université de Montréal et titulaire d’une maîtrise en administration publique de l’ENAP, il a travaillé comme conseiller politique auprès de différentes formations, dont le Bloc québécois, l’Alliance canadienne et l’Action démocratique du Québec.

Il s’est ensuite fait connaître comme chroniqueur et animateur de radio, où il s’est imposé par ses positions conservatrices, son discours favorable à une réduction de la taille de l’État et sa défense du libre marché.

En 2021, il devient chef du Parti conservateur du Québec. Sous sa direction, le parti connaît une progression importante à l’élection générale de 2022, obtenant près de 13 % des suffrages, sans toutefois faire élire de député. En 2026, Éric Duhaime poursuit son objectif de faire du PCQ une véritable force politique au Québec et aspire à devenir premier ministre.

À propos de Vincent Marissal

Né à Granby en 1966, Vincent Marissal a d’abord fait carrière comme journaliste politique. Il a notamment travaillé pour La Voix de l’Est, Le Soleil et La Presse, où il a couvert la politique québécoise et publié pendant plusieurs années une chronique consacrée au vin.

En 2018, il fait le saut en politique et est élu député de Rosemont sous la bannière de Québec solidaire, succédant à Jean-François Lisée. Réélu en 2022, il devient notamment porte-parole de son parti en matière de santé.

Le 22 novembre 2025, après des tensions croissantes avec Québec solidaire, il quitte le parti et choisit de siéger comme député indépendant. Quelques mois plus tard, il annonce qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat et qu’il quittera la vie politique à la fin de son mandat.

En août 2026, il crée toutefois la surprise en acceptant de devenir candidat du Parti québécois dans Taschereau, avant de retirer rapidement sa candidature dans le contexte d’une affaire faisant l’objet d’une enquête éthique.

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