
Carle Jasmin (Photo : Pixabay)
Dans le cadre des élections au Québec du 5 octobre 2026, il nous apparaît important de vous présenter les principaux partis politiques qui se distinguent actuellement dans les sondages, afin de mieux connaître leur programme, leur historique, mais aussi leur position sur les questions concernant les communautés LGBT, qui représentent une partie importante et très impliquée de l’électorat.
Cinq partis se disputent donc actuellement les sièges disponibles à l’Assemblée nationale, soit :
Parti québécois — Paul St-Pierre Plamondon
Parti libéral du Québec — Charles Milliard
Coalition avenir Québec — Christine Fréchette
Parti conservateur du Québec — Éric Duhaime
Québec solidaire — Ruba Ghazal
Le Parti Québécois
Le Parti québécois (PQ), fondé en 1968 autour de René Lévesque, demeure l’une des formations politiques les plus marquantes de l’histoire contemporaine du Québec. Issu du regroupement de plusieurs mouvements souverainistes, il prend le pouvoir pour la première fois en 1976 et forme alors le gouvernement de René Lévesque. Il remportera également les élections de 1981. Le PQ reviendra au pouvoir sous Jacques Parizeau en 1994, puis sous Bernard Landry en 2003.
Sa principale raison d’être demeure la souveraineté du Québec. Sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon, le parti continue de défendre l’indépendance, mais a récemment annoncé qu’un éventuel référendum ne serait pas tenu avant 2029. Le PQ met également l’accent sur la protection et la promotion du français, la réduction de l’immigration, le renforcement de l’État québécois, l’amélioration des services publics et une plus grande autonomie économique et politique du Québec.
Sur les questions LGBTQ+, l’histoire du PQ est marquée par plusieurs avancées importantes. En 1977, le gouvernement de René Lévesque a notamment fait adopter une modification à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, ajoutant l’orientation sexuelle aux motifs de discrimination interdits, une première au Canada.
Aujourd’hui, le PQ affirme officiellement défendre les droits LGBTQ+ et rappelle son rôle historique dans leur progression. Le parti adhère notamment à la Charte de bientraitance envers les personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires de la Fondation Émergence.
La position actuelle du parti est toutefois devenue plus nuancée sur certaines questions liées à la diversité sexuelle et à l’identité de genre. Les débats internes autour des droits des personnes transgenres ont suscité des critiques de la part d’organisations LGBTQ+, tandis que le PQ affirme que ses positions en matière de diversité sexuelle sont « claires et constantes ».
Le Parti Libéral du Québec
Fondé en 1867, le Parti libéral du Québec (PLQ) est l’une des plus anciennes formations politiques encore actives au Québec. Il a joué un rôle central dans la Révolution tranquille et a notamment gouverné le Québec sous Jean Lesage à partir de 1960, puis sous Robert Bourassa, Daniel Johnson fils, Jean Charest et Philippe Couillard. Depuis 1970, le PLQ et le Parti québécois se sont principalement partagé le pouvoir, jusqu’à l’émergence de la Coalition avenir Québec en 2018.
Sur le plan idéologique, le PLQ défend le fédéralisme canadien et se réclame du libéralisme économique et social. Le parti met traditionnellement l’accent sur le développement économique, l’entrepreneuriat, les investissements privés, la croissance des entreprises et le maintien de services publics accessibles. Pour l’élection de 2026, sous la direction de Charles Milliard, le PLQ place notamment l’économie, la santé, l’éducation, le logement et le développement des régions au cœur de ses priorités. Son slogan de campagne, « Rassembler. Réparer. Bâtir. », traduit la volonté affichée de relancer le parti après plusieurs années difficiles sur le plan électoral.
Le PLQ possède également une longue histoire de défense des droits des personnes LGBTQ+. En 2008, un gouvernement libéral a notamment confié au ministre de la Justice la responsabilité de la lutte contre l’homophobie, puis le gouvernement de Philippe Couillard a adopté le Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2017-2022. Le parti affirme depuis plusieurs années que la lutte contre l’homophobie et la transphobie constitue une responsabilité politique importante.
Dans ses positions publiques, le PLQ s’est généralement montré favorable à la protection des droits LGBTQ+, à la lutte contre les discriminations et à la reconnaissance des réalités des personnes trans et non binaires. Il s’est notamment opposé aux mesures susceptibles de restreindre les droits des personnes LGBTQ+ sans consultation adéquate des organismes concernés.
Le PLQ se distingue ainsi du PQ principalement par sa conception du statut politique du Québec : alors que les péquistes défendent la souveraineté, les libéraux souhaitent maintenir le Québec au sein de la fédération canadienne. Sur les enjeux LGBTQ+, le parti demeure historiquement associé à une approche plutôt progressiste et à la défense des droits individuels.
La Coalition Avenir Québec / Équipe Christine Fréchette
Fondée en 2011 par François Legault, la Coalition avenir Québec (CAQ) est née de la volonté de dépasser l’ancien clivage entre fédéralistes et souverainistes. Le parti, issu notamment de la fusion avec l’Action démocratique du Québec, se définit comme une formation nationaliste qui souhaite accroître l’autonomie du Québec tout en demeurant au sein de la fédération canadienne.
La CAQ a remporté les élections de 2018, mettant fin à près de 15 années d’alternance entre le Parti libéral du Québec et le Parti québécois. Elle a été réélue en 2022 et a dirigé le Québec pendant huit ans sous François Legault. Depuis avril 2026, le parti est dirigé par Christine Fréchette, qui est également première ministre du Québec et qui mène la formation dans la campagne électorale de 2026.
Le programme caquiste repose principalement sur le développement économique, la réduction du coût de la vie, l’efficacité des services publics, la santé, l’éducation, l’innovation et le développement régional. La protection du français, de la culture et de l’identité québécoise constitue également un élément central de son projet politique. La CAQ défend notamment l’idée d’un Québec plus autonome à l’intérieur du Canada, plutôt que la souveraineté proposée par le PQ.
Sur les questions LGBTQ+, le bilan de la CAQ est plus nuancé. Le gouvernement a maintenu la politique québécoise de lutte contre l’homophobie et la transphobie ainsi que le plan d’action gouvernemental 2023-2028. Il a également soutenu plusieurs mesures visant à protéger les personnes LGBTQ+ contre la discrimination.
Cependant, les positions du gouvernement caquiste sur certaines questions touchant les personnes trans ont provoqué des débats importants avec des organismes LGBTQ+. La question de l’identité de genre, particulièrement lorsqu’elle concerne les jeunes, est devenue un enjeu politique plus sensible au cours des dernières années.
La CAQ se distingue donc par un nationalisme affirmé, une approche économique généralement favorable à l’entreprise et une volonté de renforcer l’autonomie du Québec sans remettre en question son appartenance au Canada. Sur les enjeux LGBTQ+, elle maintient officiellement son engagement contre la discrimination, mais son approche sur certaines questions liées aux personnes trans se révèle plus prudente et controversée que celle traditionnellement associée aux formations progressistes.
Le Parti Conservateur du Québec
Le Parti conservateur du Québec (PCQ) a été officiellement reconnu par le Directeur général des élections en 2009. Après plusieurs années à demeurer une formation marginale, il connaît une importante progression sous la direction d’Éric Duhaime, élu chef en avril 2021. Le parti obtient plus de 12 % des suffrages en 2022 et s’impose depuis comme une force politique significative dans certains secteurs du Québec.
Le PCQ se situe clairement à droite de l’échiquier politique québécois, avec un discours axé sur la réduction de la taille de l’État, la baisse des impôts et des taxes, la liberté individuelle et la responsabilité personnelle. Pour l’élection de 2026, Éric Duhaime promet notamment des baisses d’impôts qualifiées d’« historiques », une réduction des dépenses publiques, un recours accru au secteur privé en santé et une déréglementation destinée notamment à accélérer la construction résidentielle. Le parti souhaite également abolir Santé Québec et accroître la place du privé dans le réseau de la santé.
Le PCQ adopte par ailleurs un virage davantage nationaliste et autonomiste. Il propose notamment une constitution québécoise, un « bouclier » contre les interventions fédérales dans les champs de compétence du Québec et une réaffirmation du caractère français du Québec. Il demeure toutefois favorable au maintien du Québec au sein du Canada.
Sur les questions LGBTQ+, la position du PCQ est particulière. Son chef, Éric Duhaime, est ouvertement homosexuel et affirme que les droits des personnes gaies et lesbiennes sont acquis. Il a déclaré que le parti est favorable aux droits de tous, y compris ceux de la communauté gaie et lesbienne, et qu’il n’existe pas d’appétit au sein du PCQ pour remettre en question le mariage entre personnes de même sexe ou les droits qui y sont associés.
Le dossier de l’identité de genre est toutefois beaucoup plus controversé. Duhaime s’est opposé à l’enseignement de certaines notions liées à l’identité de genre aux jeunes enfants et considère que ces questions devraient relever davantage des parents. Ces positions ont suscité des critiques d’organisations LGBTQ+. En 2022, le PCQ avait par ailleurs refusé de répondre aux questions de Fugues portant sur plusieurs enjeux LGBTQ+, laissant planer une certaine ambiguïté sur plusieurs dossiers.
Le PCQ apparaît donc comme une formation économiquement libertarienne et conservatrice, mais non traditionnellement conservatrice sur les droits homosexuels. Son approche des réalités transgenres et de l’éducation sexuelle constitue cependant l’un des principaux points de friction avec une partie du mouvement LGBTQ+.
Québec Solidaire
Fondé en 2006 par la fusion de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne, Québec solidaire (QS) s’est rapidement imposé comme la principale formation de gauche au Québec. Le parti combine un projet indépendantiste avec un programme social, écologiste et féministe. Il fait son entrée à l’Assemblée nationale en 2008 avec Amir Khadir, puis connaît une progression importante au cours des élections suivantes. En 2022, QS fait élire 11 députés. Pour la campagne de 2026, le parti est notamment représenté par Ruba Ghazal et Gabriel Nadeau-Dubois.
Le projet politique de QS repose sur une intervention beaucoup plus importante de l’État dans l’économie et les services publics. Le parti propose notamment de renforcer le réseau public de santé et d’éducation, de lutter contre la crise du logement par un contrôle accru du marché et la construction de logements sociaux, de réduire les inégalités économiques et d’accélérer la transition écologique. Parmi ses priorités actuelles figurent également la lutte contre la vie chère, l’accès au logement et la protection des services publics.
Québec solidaire demeure également indépendantiste, mais souhaite que la création d’un pays soit accompagnée d’une transformation sociale et démocratique. Le parti défend actuellement l’idée de « bâtir un pays pour tout le monde », en mettant notamment l’accent sur l’inclusion, la diversité et la participation des Premiers Peuples, des nouveaux arrivants, des travailleurs et des régions.
Sur les questions LGBTQ+, QS est l’un des partis québécois les plus ouvertement progressistes. Il défend depuis sa fondation la lutte contre l’homophobie et la transphobie ainsi que la reconnaissance des droits des personnes LGBTQ+. Son programme prévoit notamment des mesures concernant les personnes trans, non binaires et intersexuées, dont la reconnaissance de la diversité des identités de genre et une plus grande souplesse dans les documents d’état civil.
Le parti s’est également engagé très tôt dans la défense des droits des personnes transgenres. En 2016, Manon Massé avait notamment fait pression pour permettre aux mineurs trans de modifier leur mention de sexe à l’état civil.
PUBLICITÉ

LIRE AUSSI
- Alexandre Boulerice et les LGBTQ+ : derrière le poing levé, quel bilan?
Lire l’article - Premier rapport du Comité de Sages sur l’Identité de Genre du Gouvernement du Québec
Lire l’article - Minorités sexuelles et politique
Lire l’article - Jennifer Maccarone : une voix libérale engagée pour les droits LGBTQ+ et l’inclusion au Québec
Lire l’article - Trump veut punir le Canada : c’est l’Amérique qui va payer !
Lire l’article