
Roger-Luc Chayer (Photo : Economic Times / India Times)
Plusieurs le savent, mais encore plus l’ignorent : le roi Charles III est le chef d’État de 15 pays au total, soit le Royaume-Uni et 14 autres États souverains, appelés royaumes du Commonwealth, dont font partie le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Le président des États-Unis est en pleine guerre tarifaire avec le Canada, contre lequel il applique des mesures illégales et dangereuses. Ce qu’il oublie, encore une fois, c’est qu’il entretient des relations très amicales avec le chef d’État du Canada, le roi Charles III. Ce dernier pourrait certainement jouer un rôle important dans le conflit qui oppose les États-Unis à son pays souverain, le Canada.
Quel est le rôle du Roi du Canada ?
Son rôle est essentiellement constitutionnel et représentatif. Il ne dirige pas le gouvernement canadien et ne décide pas de la politique étrangère, commerciale ou économique du pays. Ces responsabilités appartiennent au gouvernement fédéral et au premier ministre.
Au Canada, le roi exerce principalement ses fonctions par l’intermédiaire du gouverneur général, qui le représente dans le pays. La Couronne fait toutefois partie intégrante du système constitutionnel canadien, aux côtés du Sénat et de la Chambre des communes.
Le roi entretient des relations avec de nombreux chefs d’État et de gouvernement, dont le président des États-Unis. Il est également le chef d’État de plusieurs autres royaumes du Commonwealth. Cette position particulière pourrait lui permettre, dans certaines circonstances, de contribuer à faciliter le dialogue ou d’exercer une influence diplomatique informelle.
Les relations entre le roi Charles III et Donald Trump sont plutôt cordiales sur le plan personnel et diplomatique, malgré la profonde détérioration des relations entre les États-Unis et le Canada.
Il faut d’abord distinguer Charles III, roi du Royaume-Uni, de Charles III, roi du Canada : il s’agit de la même personne, mais ses fonctions constitutionnelles sont distinctes selon chacun de ses royaumes.
Charles et Trump entretiennent des rapports relativement chaleureux. Le meilleur exemple récent est la visite d’État de Charles III et de la reine Camilla à Washington en avril 2026, au cours de laquelle Trump les a reçus à la Maison-Blanche avec un important cérémonial. La Maison-Blanche a alors présenté cette rencontre comme une occasion de renforcer les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni.
Mais la situation est beaucoup plus délicate lorsqu’on considère Charles III dans son rôle de roi du Canada. En mai 2025, lors de son discours devant le Parlement canadien, le roi avait souligné que le Canada traversait un « moment critique », alors que Trump menaçait notamment la souveraineté canadienne et imposait des tarifs douaniers. Son discours avait été largement interprété comme un geste de soutien à l’identité et à la souveraineté du Canada.
Cela crée donc une situation assez particulière : Charles III entretient des relations personnelles et diplomatiques convenables avec Trump, tout en étant le chef d’État d’un Canada actuellement engagé dans une confrontation commerciale extrêmement tendue avec le président américain. En août 2026, les négociations commerciales ont échoué et Washington a imposé de nouveaux tarifs de 50 % sur certains produits canadiens, entraînant une nouvelle riposte d’Ottawa.
Est-ce que cette proximité entre les deux chefs d’État pourrait contribuer à une détente entre le Canada et les États-Unis?
Oui, mais seulement de façon indirecte. Le roi Charles III ne peut pas décider à la place du gouvernement canadien ni négocier directement une entente commerciale avec Donald Trump. Toutefois, ses relations cordiales avec le président américain pourraient lui permettre de favoriser le dialogue et de transmettre un message d’apaisement.
Dans un conflit aussi important, un geste diplomatique du roi pourrait donc contribuer à créer un climat plus favorable aux discussions, mais il ne pourrait pas, à lui seul, régler le conflit entre le Canada et les États-Unis.
La reine Elizabeth II, mère de Charles, avait la question des droits LGBT à cœur. Est-ce que le roi Charles pourrait, lui aussi, intervenir à titre personnel auprès de Trump afin de calmer ses ardeurs sur cette question?
La première nuance importante concerne la reine Elizabeth II. Elle a effectivement accompagné, par son rôle constitutionnel, plusieurs évolutions favorables aux droits LGBTQ+, notamment en donnant la sanction royale à des lois concernant la dépénalisation de l’homosexualité, le mariage entre personnes de même sexe et certaines mesures contre les thérapies de conversion. Mais elle demeurait extrêmement prudente dans ses déclarations publiques sur les questions politiques et sociales.
Pour Charles III, la situation est intéressante. Il possède depuis longtemps une sensibilité aux questions de diversité et de droits humains, mais il n’a pas fait des droits LGBTQ+ un élément central de son rôle public. Des militants LGBTQ+ ont d’ailleurs critiqué son bilan et son manque de prises de position explicites sur ces questions.
Cela dit, son récent rapprochement diplomatique avec Donald Trump est particulièrement intéressant. Lors de sa visite aux États-Unis en avril 2026, Charles a rencontré Trump à la Maison-Blanche et a prononcé devant le Congrès un discours qui, sans nommer le président, défendait notamment les sociétés « diverses et libres », les institutions démocratiques et les mécanismes de contrôle du pouvoir exécutif. Plusieurs observateurs ont interprété certaines de ses interventions comme une forme de soft power destiné à maintenir le dialogue avec Trump.
Donald Trump, selon plusieurs observateurs et politiciens américains, respecte le pouvoir et dénigre ce qui lui semble plus faible. Le fait que le premier ministre Carney, mais aussi de nombreux autres pays, lui tiennent tête ne peut être qu’à l’avantage de ces pays face à l’hégémonie américaine actuelle. Nombreux sont également ceux qui s’interrogent sur tout l’appareil de l’État américain qui laisse faire, voire permet au président des États-Unis de commettre des actes que l’on n’aurait jamais cru possibles avant l’avènement du président actuel.
Le monde entier, notamment le Canada et des millions d’Américains, attend les résultats des élections de mi-mandat qui auront lieu cet automne pour les deux chambres du Congrès américain. Ces résultats pourraient complètement changer la donne et permettre, du moins en théorie, le rétablissement d’une meilleure entente ainsi que le retour à une logique économique qui avait pourtant fait ses preuves depuis la Seconde Guerre mondiale.
C’est un sujet que Gay Globe va suivre avec beaucoup de minutie, compte tenu de ses nombreuses implications.
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