Trump lance son Ordre 66, Carney résiste

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Nous vivons à une époque telle qu’on se demande si Donald Trump n’applique pas le fruit de troubles intérieurs qu’il ne s’est jamais attardé à soigner, ou si sa politique globale envers ses amis, ses alliés et ses alliances ne relève pas plutôt de la lecture de Star Wars, alors qu’il semble appliquer l’Ordre 66 « by the book » pour transformer les États-Unis en un empire planétaire, tout à fait artificiellement.

Qu’est-ce que l’Ordre 66 dans Star Wars ?

Dans Star Wars, l’Ordre 66 constitue l’un des moments les plus importants de la transformation politique de la République en Empire. Il ne s’agit pas simplement d’un ordre militaire visant les Jedi : c’est le mécanisme qui permet à Palpatine de détruire, presque instantanément, ceux qui étaient pourtant les défenseurs du régime qu’il dirigeait.

Pendant des années, les Jedi servent la République galactique comme gardiens de la paix. Ils combattent aux côtés de l’armée des clones pendant la guerre des Clones et sont officiellement considérés comme des alliés du gouvernement. Mais Palpatine, qui est secrètement le Sith Dark Sidious, manipule progressivement la guerre et les institutions afin d’accroître son propre pouvoir.

Lorsque son plan arrive à maturité, Palpatine prononce l’Ordre 66. Grâce à une programmation implantée dans les soldats clones, ceux-ci reçoivent l’instruction de considérer les Jedi comme des traîtres et de les éliminer. Des soldats qui combattaient quelques instants auparavant aux côtés des Jedi se retournent donc contre eux.

C’est cette dimension qui rend l’Ordre 66 particulièrement symbolique : les institutions et les forces armées d’un régime sont utilisées pour détruire ceux qui en étaient pourtant les serviteurs et les protecteurs.

La conséquence est immédiate. Les Jedi sont décimés dans toute la galaxie. Leur capacité à s’opposer au pouvoir disparaît pratiquement du jour au lendemain. Palpatine peut alors présenter la situation comme une nécessité politique et sécuritaire : il affirme que les Jedi ont trahi la République et qu’il faut réorganiser le régime pour assurer la paix et la stabilité.

C’est ainsi que la République galactique devient l’Empire galactique. Palpatine concentre progressivement tous les pouvoirs entre ses mains et transforme un régime présenté comme démocratique en une dictature.

Trump et l’« Ordre 66 » : une métaphore qui prend une étonnante résonance

À première vue, comparer la politique étrangère de Donald Trump à l’« Ordre 66 » de Star Wars peut sembler relever davantage de la culture populaire que de l’analyse politique. Pourtant, lorsqu’on observe la manière dont le président américain redéfinit les relations des États-Unis avec leurs alliés traditionnels, la métaphore devient étonnamment pertinente.

Dans l’univers de Star Wars, l’Ordre 66 est le moment où les soldats clones, qui combattaient jusque-là aux côtés des Jedi pour défendre la République, reçoivent soudainement l’ordre de se retourner contre eux. Les Jedi, autrefois considérés comme des alliés et des protecteurs du régime, deviennent officiellement des ennemis. Leur élimination permet ensuite à Palpatine de concentrer le pouvoir et de transformer la République galactique en Empire.

Évidemment, rien dans la réalité ne permet de dire que Donald Trump applique littéralement un quelconque « Ordre 66 ». Mais la référence peut servir de métaphore pour décrire une transformation profonde des relations internationales américaines : les alliances traditionnelles semblent de plus en plus soumises à une logique de rapport de force plutôt qu’à celle d’une solidarité stratégique durable.

Pendant des décennies, les États-Unis ont construit un système international reposant largement sur un vaste réseau d’alliances. L’OTAN, le Canada, l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie constituent quelques-uns des piliers de cet ordre international. Washington était généralement considéré comme le principal garant de cette architecture.

Avec Donald Trump, cette relation semble avoir changé de nature. Les alliances sont beaucoup plus souvent évaluées en fonction de ce qu’elles rapportent directement aux États-Unis. Les dépenses militaires des partenaires, les déficits commerciaux, les tarifs douaniers, l’accès aux marchés et les intérêts stratégiques américains occupent désormais une place centrale dans les relations diplomatiques.

L’OTAN constitue probablement l’un des meilleurs exemples de cette transformation. Trump réclame depuis longtemps que les membres européens de l’Alliance augmentent considérablement leurs dépenses militaires. Cette pression n’a pas nécessairement pour objectif de détruire l’OTAN. Au contraire, Washington continue de considérer l’Alliance comme un instrument stratégique majeur. Mais le message est différent : l’appartenance à une alliance ne garantit plus automatiquement une relation fondée sur la réciprocité politique traditionnelle.

La relation avec le Canada illustre encore plus brutalement cette nouvelle approche. Washington et Ottawa demeurent officiellement des partenaires et des alliés historiques. Pourtant, les différends commerciaux peuvent désormais rapidement donner lieu à des menaces tarifaires et à une rhétorique particulièrement agressive. Le partenaire historique peut donc se retrouver, sur certains dossiers, traité comme un adversaire économique.

C’est précisément ici que la métaphore de l’Ordre 66 devient intéressante.

Dans Star Wars, le changement ne consiste pas simplement à déclarer la guerre à un ennemi extérieur. Il consiste à retourner les instruments d’un système contre ceux qui en faisaient partie. Les soldats clones ne sont pas remplacés. Ils restent les mêmes soldats, mais leur mission change. Les Jedi ne deviennent pas soudainement différents : c’est le pouvoir qui les désigne désormais comme des ennemis.

La politique étrangère de Trump ne fonctionne évidemment pas de cette manière aussi radicale. Mais on observe une logique comparable dans certains rapports diplomatiques : un pays peut être considéré comme un allié sur le plan militaire tout en devenant un adversaire sur le plan commercial ou politique.

Le dossier du Groenland constitue également un cas particulièrement révélateur. Trump a publiquement exprimé son intérêt pour une prise de contrôle américaine du territoire autonome danois, allant jusqu’à évoquer la possibilité de recourir à la force avant de revenir sur cette option. Or, le Danemark est lui-même un allié des États-Unis et membre de l’OTAN.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui est « ami » ou « ennemi ». Elle devient beaucoup plus complexe : un allié peut-il continuer à être considéré comme un véritable partenaire lorsqu’il refuse les objectifs stratégiques de Washington?

C’est probablement cette évolution qui donne à la référence à Star Wars sa force journalistique.

L’« Ordre 66 » peut ainsi symboliser le passage d’un système fondé sur des alliances relativement prévisibles à un système dans lequel les relations internationales sont davantage déterminées par la puissance, la pression économique et la capacité de négociation de chaque État.

Il faut néanmoins se garder d’aller trop loin dans la comparaison. Trump ne cherche pas nécessairement à détruire les alliances américaines. Il cherche plutôt à les renégocier selon une conception beaucoup plus transactionnelle des intérêts américains. La différence est importante.

Mais pour les alliés traditionnels de Washington, le résultat peut être déstabilisant. Pendant des décennies, ils ont pu considérer l’alliance américaine comme une constante stratégique. Ils doivent désormais envisager la possibilité que cette relation soit conditionnelle, négociable et susceptible d’être remise en question.

C’est là que l’image de l’Ordre 66 prend tout son sens.

Dans Star Wars, l’Ordre 66 marque la fin d’un ancien ordre politique et l’avènement d’un nouvel Empire. Dans la réalité, Trump ne dispose évidemment d’aucun bouton secret permettant de transformer les États-Unis en empire planétaire. Mais sa politique étrangère semble participer à une transformation beaucoup plus profonde : celle d’un monde dans lequel Washington ne demande plus seulement à ses alliés d’être des partenaires, mais exige qu’ils démontrent concrètement leur utilité aux intérêts américains.

Et si cette transformation devait se poursuivre, la véritable question ne serait peut-être pas de savoir si Trump applique l’Ordre 66.

La question serait plutôt de savoir si l’ordre international construit autour de la puissance américaine depuis 1945 est lui-même en train de vivre son propre « Ordre 66 ».

Dans Star Wars, l’Ordre 66 a presque anéanti les Jedi, mais il n’a pas réussi à faire disparaître leur idéal. L’histoire démontre même qu’un système peut survivre à la destruction de ses institutions et renaître sous une autre forme. Une question similaire pourrait être posée aujourd’hui à propos de l’ordre international : même si les alliances traditionnelles étaient profondément affaiblies par la politique de Donald Trump, pourraient-elles éventuellement renaître sous une autre forme après son passage au pouvoir?

C’est ce que suggère le premier ministre du Canada, Mark Carney : si les États-Unis ne veulent plus assumer leur rôle de leader, le Canada le fera! Et c’est déjà commencé !

Pub

LIRE AUSSI

  1. Trump à Davos ou l’art de se contredire devant le mondeArticle
  2. Le roi Charles III, Trump et la FIFA : humour diplomatique et héritage du français à la cour britanniqueArticle
  3. Trump met en place son cabinet de guerre contre les LGBTQ+Article
  4. Donald Trump en passe de devenir le dictateur le plus cruel envers les LGBTArticle
  5. Droits LGBTQ+ au Canada : protections solides face à l’influence des États-UnisArticle
  6. Village People : La Trahison d’une Icône du DiscoArticle

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GROUPE GAY GLOBE MÉDIA
Privacy Overview

This website uses cookies so that we can provide you with the best user experience possible. Cookie information is stored in your browser and performs functions such as recognising you when you return to our website and helping our team to understand which sections of the website you find most interesting and useful.