
Groupe Gay Globe Média (Photo : Tammie/AFF-USA/Shutterstock)
De façon tout à fait inattendue, la reine du country et alliée de longue date des communautés LGBTQ+ vient de nous quitter subitement à l’âge de 80 ans. Son parcours est l’un des plus spectaculaires de la colonie artistique mondiale, et nous vous proposons une analyse de sa carrière ainsi que de son apport exceptionnel, à plusieurs niveaux, à nos communautés.
Dolly Parton a eu un apport important auprès des communautés LGBT, même si elle n’a jamais fait de militantisme politique au sens classique. Son influence repose surtout sur une combinaison assez rare de visibilité, acceptation, soutien concret et protection de ses admirateurs LGBT, dans un milieu — la musique country américaine — longtemps marqué par le conservatisme religieux.
Un des éléments les plus significatifs est son soutien public aux droits LGBT et au mariage entre personnes de même sexe. Parton a régulièrement affirmé que chacun devait pouvoir être lui-même et aimer qui il voulait. Elle expliquait notamment que ses admirateurs gays et lesbiennes se reconnaissaient dans son propre parcours, parce qu’elle avait elle-même dû « lutter pour avoir le droit d’être elle-même ».
Son parc d’attractions, Dollywood, est devenu un lieu particulièrement populaire auprès de la clientèle LGBT. Parton a notamment accepté et maintenu les célébrations du « Gay Day » au parc, malgré des menaces et des pressions provenant de groupes religieux et conservateurs. Elle a déclaré à ce sujet qu’elle n’avait pas besoin de se justifier et qu’elle aimait tout simplement tout le monde.
C’est assez important historiquement : Dollywood se trouve à Pigeon Forge, au cœur de l’Est du Tennessee, dans une région traditionnellement très conservatrice. Le fait qu’une personnalité aussi populaire localement que Parton ait assumé cette ouverture avait donc une portée culturelle particulière.
Parton a aussi développé une relation très particulière avec la culture drag. Elle a raconté avoir elle-même participé à un concours de sosies de Dolly Parton organisé par des drag queens… et avoir perdu! Elle disait avec humour être devenue une sorte de « patron saint » des drag queens.
Son esthétique — coiffure spectaculaire, maquillage, féminité exagérée, humour, autodérision et transformation de soi — a évidemment trouvé un écho considérable dans la culture queer.
Elle a également pris position contre l’homophobie
Après la tuerie du Pulse à Orlando en 2016, Parton a condamné sans ambiguïté l’attaque et l’homophobie, affirmant que personne ne devrait être tué parce qu’il est différent ou parce que son identité ou ses choix ne sont pas compris ou acceptés. Elle a également défendu l’idée que les personnes transgenres devaient pouvoir vivre en sécurité et être à l’aise dans leur environnement.
Son discours était d’autant plus remarquable qu’elle venait d’un univers profondément associé au christianisme évangélique et au Sud conservateur américain.
Son soutien à la lutte contre le VIH/sida
Il faut aussi mentionner son engagement philanthropique plus large dans la lutte contre le VIH/sida. Les contributions de Parton à des causes liées au VIH/sida font partie de son œuvre humanitaire, parallèlement à ses nombreuses interventions dans les domaines de l’éducation, de la pauvreté, des catastrophes naturelles et de la recherche médicale.
À mon avis, l’aspect le plus intéressant pour la famille Gay Globe est que Dolly Parton n’a pas simplement été une célébrité appréciée des homosexuels : elle a constitué une figure de sécurité culturelle pour plusieurs générations de personnes LGBT. Elle leur disait essentiellement : vous pouvez être différents, vous pouvez être vous-mêmes, et vous méritez quand même d’être aimés.
Et elle le faisait sans adopter un ton moralisateur ou militant. En 2016, elle expliquait d’ailleurs que les membres de la communauté LGBT étaient particulièrement attirés par elle parce qu’elle-même avait toujours défendu le droit d’être différente.
C’est probablement là que se trouve son plus grand apport : elle a utilisé son immense capital culturel pour normaliser l’acceptation des personnes LGBT dans des milieux où cette acceptation était loin d’être acquise.
L’annonce de son décès aujourd’hui, faite en vidéo par son neveu, me fait penser à celle du décès de l’ami et complice de l’éditeur de Gay Globe, Roger-Luc Chayer, le journaliste André Arthur, qui avait lui-même préparé et fait publier sur Twitter le message annonçant sa propre mort, il y a quelques années : » Aujourd’hui, le 8 mai 2022 à l’hôpital Laval je suis mort. Je laisse dans le deuil mon fils René (Jade), mes 3 merveilleux petits enfants, ma fille Pascale (Louis), ma tendre Lucy et mon frère Louis (Réjane). «
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